dimanche 12 avril 2015

Carol Black, Des Milliers de Rivières

Des Milliers de Rivières
Ce que le monde moderne a oublié à propos de l’enfant et de l’apprentissage.
Écrit par Carol Black
L’autre jour, la déclaration suivante est apparu sur mon flux Twitter :
La lecture spontanée peut arriver pour quelques enfants. La vaste majorité a besoin toutefois d’une instruction explicite des phonétiques. (et tous peuvent en trouver des bénéfices) ”
Ce décret d’une centaine de caractères qui s’avérera être émis par une jeune femme qui est “l’auteur du livre à venir Brilliant: The Science of How We Get Smarter et qui est “une journaliste, consultante et conférencière qui aide les gens à comprendre comment nous apprenons et comment nous pouvons faire mieux.”
Cela ma touché, et pas seulement parce que j’ai personnellement prouvé qu’il est possible à l’école élémentaire d’être mauvais en phonétique même si vous savez déjà lire. Il s’agit de son attitude, de ce ton d’assurance grandiose sur le sujet, qui, en poursuivant les tweets, serait dérivé de “recherches” et de “données” qui démontreraient qu’il s’agit d’une vérité.
De telles déclarations ont été émisent par l’institution éducative durant la dernière centaine d’années environ. Le fait que les vérités prouvées par chaques générations se sont révélées être follement nocives par la suivante ne décourage jamais la flopée actuelle d’experts d’être toujours prête à imposer ses nouvelles certitudes sur l’enfant. Leur ton d’autorité froide transporte un message clair pour le reste d’entre nous : “Nous savons comment les enfants apprennent. Vous ne le savez pas.”
Alors ils nous l’expliquent.
Le “consensus scientifique” à propos des phonétiques, généré par un panel convoqué par l’administration Bush qui a permis de justifier l’utilisation de milliards de dollars dans des contrats du gouvernement offerts à des soutiens de Bush dans l’industrie des manuels et des évaluations, a été largement accepté comme un fait établi pendant les années “No Child Left Behind” et “Race to the Top”(NdT1), et si l’on regarde l’histoire, ses jours sont comptés. Dans quelques jours il y aura de nouvelles recherches qui prouveront que l’instruction phonétique directe est nocive pour les très jeunes enfants, qu’elle les déroute et les consterne en les amenant à détester la lecture (Nous savons tous que c’est vrai, la science pourrait finir par le découvrir) et des millions de nouveaux manuels, d’évaluations et de guide pour enseignants devront être payée avec les frais des contribuables pour les vieux amis des Bushs à McGraw-Hill (NdT2).


Les problèmes avec ce processus sont nombreux, mais celui que j’aimerais surligner est celui-ci : Les “données” disponibles qui se rassemblent ne sont pas la “science de comment les personnes apprennent”. Il s’agit de la “science de ce qu’il se passe chez les personnes qui vont à l’école.”
Il m’est apparu que les personnes aujourd’hui ne savent pas ce que sont les enfants. Ils savent seulement ce que sont les enfants dans les écoles.
Historiquement, les écoles telles que nous les connaissons existent depuis très peu de temps : Elles sont elles-même une vaste expérience sociale. Voici quelques données à partir de là. Un Américain sur quatre ne sait pas que la terre tourne autour du soleil. La moitié des Américains ne savent pas que les antibiotiques peuvent guérir un virus. 45% des bacheliers ne savent pas que le premier amendement de la constitution garantit la liberté de la presse. Ce ne sont pas des choses qu’il est difficile de savoir. C’est l’hypothèse qu’une école obligatoire universelle est la meilleure façon de créer des citoyens informés, lettrés et critiques, et toute personne qui regardera les données avec un oeil clair admettra que les résultats sont, au mieux, mitigé. Au pire, ils sont catastrophiques et quelques souches de superbactéries pourraient nous prouver ce point.
D’autre part, pratiquement tous les colons américains blancs dans les colonies du nord-est au temps de la révolution américaine pouvaient lire, non pas parce qu’ils sont allés à l’école et certainement pas parce qu’on leur avait enseigné la phonétique qui n’existait pas à ce moment. “Le sens commun” de Thomas Paine qui n’est pas vraiment une lecture légère a été vendu à 500,000 copies la première année de sa publication, ce qui équivaut à un livre qui vendrait soixante millions de copies aujourd’hui. Les personnes ont appris à lire d’un grand nombre de façon, certain à partir d’une petite école avec une seule sale, mais beaucoup à partir de leur mère, de tuteurs, de pasteurs nomades, des maîtres d’apprentissage, la famille, des amis et des voisins. Ils pouvaient lire parce que dans une population lettrée, il n’est vraiment pas difficile de transmettre l’alphabétisation d’une personne à une autre. Quand une personne veut vraiment une compétence, c’est comme un virus. Vous ne pouvez pas l’empêcher même si vous essayiez.
En d’autres mots, ils pouvaient lire pour les mêmes raisons que nous pouvons maintenant utiliser des ordinateurs. Nous ne savons pas utiliser des ordinateurs parce que nous l’avons appris à l’école, mais parce que nous voulions l’apprendre et que nous étions libres de l’apprendre de la façon qui marchait le mieux pour nous. C’est la plus triste des ironies que de voir maintenant de nombreuses personnes décrire cette fluidité et cette efficacité comme étant un processus propre à la caractéristique des ordinateurs plutôt que de voir qu’il s’agit d’une caractéristique des êtres humains.
Dans le monde moderne, à moins que vous appreniez à lire à l’âge de 4 ans, vous n’êtes plus libre d’apprendre de cette façon. Maintenant votre processus d’apprentissage sera planifié scientifiquement, contrôlé, surveillé et mesuré par des “experts hautement qualifiés” et entraîné à opérer en accord avec les meilleures “données” disponible. Si votre style d’apprentissage ne correspond pas à la théorie du moment, vous serez humilié, pris en main, examiné, stigmatisé, testé, évalué et finalement diagnostiqué et étiqueté comme ayant une imperfection bénigne dans votre cerveau.
Comment avez-vous appris à utiliser un ordinateur ? Est-ce qu’un ami vous a aidé ? Avez-vous lu le manuel ? Vous êtes vous juste assis et avez commencé à faire des expériences en vous amusant avec ? Avez-vous fait un peu de toutes ces choses ? Est-ce que vous vous souvenez ? Vous avez juste appris, c’est tout, n’est ce pas ?
Les loups ont des portées de louveteaux du même âge que la mère laisse à l’attention d’un autre adulte quand elle part chasser, l’élan donne naissance à des petits qui sont capables de se lever et de suivre le troupeau dans les minutes qui suivent. Les primates, ce qui inclut les êtres humains, ont une progéniture à la fois que la mère transporte avec elle tandis qu’elle cherche de la nourriture et du travail, souvent en partageant le soin dans un riche réseau de membres de la famille et d’amis.
Tous les mammifères sociaux ont évolué d’une façon qui est propre à leur espèce avec des structures sociales et des comportements d’apprentissages et de transmissions des compétences dont ils auront besoin pour survivre à l’âge adulte. Notre propre espèce a évolué pendant des centaines de milliers d’années en vivant dans des petites communautés d’âge mixe et où l’enfant est intégré aux activités des adultes, entouré par des enfants et des grands-parents d’âges différents, immergé dans le monde naturel, libre de se déplacer, de jouer et d’exercer leurs corps. Ils étaient capables d’observer, d’imiter et même de participer au travail de l’adulte à partir du moment où leur développement le permettait. Dans les sociétés qui vivent encore selon ce modèle, d’élégantes pédagogies indigènes se sont développées pendant des millénaires qui sont tellement en accord avec le développement naturel de l’enfant que des compétences complexes et variées peuvent être acquises de façons qui semblent ne demander aucun effort.
N’importe quelle mère Gikuyu au Kenya sait que vous donnez à un enfant une tâche seulement à partir du moment ou elle est prête pour cela. N’importe quel père Baiga des forêts de l’Inde sait que vous laissez tranquille un enfant qui essaye quelque chose et ensuite recule, parce qu’il viendra réessayer plus tard. N’importe quel ancien Yup’ik sait que le jeune enfant apprend beaucoup mieux avec une histoire qu’avec la lecture, avec l’expérience pratique que par l’instruction directe. N’importe quel parent papou en Nouvelle-Guinée sait que l’enfant apprend le mieux en imitant des enfants plus vieux que lui et non pas en étant enseigné par des adultes.
Des personnes dans le monde entier connaissent ces choses à propos des enfants et de l’apprentissage, et il est intéressant de noter que cette façon d’apprendre fonctionne autant pour la conception d’un logiciel, la conduite d’une expérience scientifique ou à écrire un essai élégant que pour apprendre à chasser un caribou ou à identifier des plantes dans une forét tropicale.
Nous ne les connaissons tout simplement plus ces choses.
N’importe quel biologiste de la vie sauvage sait qu’un animal dans un zoo ne se développera pas normalement si l’environnement est incompatible avec les besoins sociaux vers laquelle son espèce a évolué. Mais nous ne savons plus cela à propos de nous-même. Nous avons radicalement altéré l’évolution des comportements de notre espèce en isolant et séparant les enfants artificiellement dans des groupes de même âge à la place des communautés d’âge mixe, en les persuadant de rester à l’intérieur et restant assis la plus grande partie de la journée, en leur demandant d’apprendre à partir de matériel artificiel à base de texte plutôt par des activités contextualisant le véritable monde, en dictant des emplois du temps d’apprentissage arbitraire plutôt que de laisser se déployer le développement de l’enfant. Le sens commun devrait nous dire que tout cela aura des conséquences complexes et imprévisibles. En réalité, c’est le cas. Tandis que certains enfants semblent capable de fonctionner complètement dans des environnements artificiels, un nombre particulièrement significatif ne le peut pas. Autour du monde, chaque jour, des millions et millions d’enfants brillants et en bonne santé sont étiquetés comme des échecs ce qui nuit considérablement à leurs vies. Et de plus en plus, ceux qui ne peuvent pas s’adapter à l’ environnement artificiel de l’école sont diagnostiqué avec un trouble mental et sont médicamentés.
C’est dans ce contexte que nous cherchons comment les êtres humains apprennent. En collectant des données sur l’apprentissage de l’être humain en se basant sur leurs comportements dans une école, en réalité c’est la même chose que de collecter des données sur les Orques en se basant sur leurs comportements dans une piscine de SeaWorld.


En 2010, un trio de chercheurs de l’université de British Columbia a publié une étude qui s’est répercuté dans les sciences sociales. Joseph Henrich, Steven J. Heine et Ara Norenzayan, les auteurs de l’étude ont défié la façon dont les sciences sociales ont pendant un siècle fait de généralisations approximatives concernant la nature et les comportements humains qui sont basé sur des recherches limitées sous-ensemble de l’humanité, ce qu’ils ont appelé les “Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic” (NdT3) sociétés ou WEIRD. Après avoir éxaminé des banques de données comparatives à partir des sciences du comportement, ils trouvèrent que ces sociétés n’étaient pas représentative de l’humanité dans sa globalité et qu’ils étaient à de nombreux points à un extrème de la courbe en cloche des variations humaines; en d’autres mots, “Les membres des sociétés WEIRD, ce qui inclut les jeunes enfants, sont parmi les populations les moins représentatives que l’on puisse trouver pour faire des généralités sur les humains.” Par de nombreuses mesures, les américains était davantage éloigné de la courbe que les européens,ou pour le dire autrement, “les plus éloignés des éloignés”.
Un grand nombre de ces traits de caractère à l’écart se rapporte au type d’éducation que nous pensons comme “normal” aux États Unis. Il s’avère que les Américains se trouvent à la fin du spectre dans leurs préférences concernant la compétition avant la coopération, l’auto-promotion avant l’humilité, l’analytique avant la pensée holistique, le succès individuel avant celui du collectif, la communication directe plutôt que l’indirecte, des conceptions de status hiérarchique plutôt qu’égalitaire. Si bien qu’à l’école nous avons un désir ardent que nos enfants luttent pour être meilleur que leurs amis et nous faisont des louanges publiquement s’ils réussissent là où d’autres sociétés considérerait cela comme de mauvaises attitudes. Nous portons notre attention directement sur l’enfant et lui disons exactement ce que nous voulons qu’ils sachent, ou dans de nombreuses sociétés les adultes s’attendent à ce que les enfants observent leurs anciens avec attention et de suivre leurs exemples volontairement. Nous contrôlons, dirigeons et mesurons l’apprentissage de nos enfants à des niveaux insupportables tandis que dans de nombreuses sociétés on considère que l’enfant apprendra à sa propre allure et ne sente pas qu’il soit nécessaire ou approprié de contrôler leurs activités et choix quotidiens. En d’autres mots, ce que nous prenons pour acquis et qualifions d’environnement d’apprentissage “normal” n’est pas du tout normal pour des millions de personnes autour du monde.
Si les Américains sont les plus éloignés des éloignés, alors la sous-culture des institutions scolaires américaines qui a toujours plus de demandes rigides sur les enfants très jeunes en contenant toujours davantage leurs énergies et inclinations naturelles est encore plus éloigné. Les traits qui seraient valorisés dans la société Américaine plus large comme l’énergie, la créativité, l’indépendance, vous amènera des problèmes dans une salle de classe et il apparaît que certains enfants ne peuvent tout simplement pas nous suivre aussi loin dans l’extrémité de la courbe de la cloche. L’espèce humaine est extrêmement malléable et variable mais elle ne l’est pas infiniment et ce que vous voyez chez l’enfant individuel tandis que notre culture grandit vers davantage d’extrémité est la nature sous-jacente de notre espèce qui réémerge, parfois de manière brusque. C’est comme ces personnes qui essayent de garder des loups comme animaux domestiques, nous découvrons que certains de nos enfants commencent à mastiquer leurs laisses.
Un jour j’ai observé un enfant de neuf ans mener un groupe d’enfants faire du motocross sur les rochers de Vasquez, une grande formation de grès qui s’inclinent dans le désert de Californie. Il était un de ces garçons magnétique, électrique et rayonnant, il était le plus jeune d’entre eux, fort, rapide, curieux, malin comme un singe, ses yeux projetaient des étincelles dans la clarté de l’air. C’était une joie de simplement le regarder, et alors que je le dis à une amie qui se trouvait à côté de moi. Elle me dit qu’il venait juste d’être diagnostiqué avec unTDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité).
Quand vous voyez des enfants qui n’apprennent pas bien à l’école, ils montrent souvent des caractéristiques qui seraient valorisées et admirées s’ils vivaient dans un grand nombre de sociétés traditionnelles autour du monde. Ils sont physiquement énergétiques, ils sont indépendants, ils sont sociables, ils sont amusants. Ils aiment faire des choses avec leurs mains. Ils ont une folle envie de vraiment jouer, de jeu qui sont exubérants, qui teste leur force, leurs compétences, leur audace et leur endurance. Ils ont une folle envie de vraiment travailler, de faire un travail qui a de l’importance, qui est concret, qui apporte une contribution ayant de la valeur. Ils détestent l’abstraction, ils détestent devoir rester assis, ils détestent le contrôle autoritaire. Ils aiment pouvoir mettre leur attention sur des choses qui les intéressent, qui déclenche leur curiosité, qui les conduit à bricoler et à explorer.
Les “experts” dans notre société WEIRD nous disent que ces enfants ont un handicap à l’apprentissage, qu’ils ont un faible contrôle sur l’impulsion, qu’ils manquent de compétences d’organisation, qu’ils sont dans l’opposition. Un sur vingt, un sur dix, un sur sept de nos précieux enfants aux yeux brillants, nous dit-on, ont une sorte de défectuosité du cerveau qui les empêche d’apprendre.
Mais n’importe quel parent Maori sait que nous devons observer un enfant avec patience, silence, sans interférence pour apprendre s’il a la nature pour être un guerrier ou un prêtre. Nos enfants viennent à nous comme des êtres qui cherchent, les enseignants Maoris nous disent, qu’avec deux rivières coulant à travers eux, le céleste et le corporel, la connaissance et la non-connaissance. Leur lutte est d’intégrer les deux. Notre rôle en tant qu’adulte est de soutenir ce processus et non pas de lui donner forme. Ce n’est pas à nous de contrôler.


Les arcs-en-ciel ne durent pas longtemps, comme les fleurs”, C’est ce que ma dit ma fille alors qu’elle se trouvait au sommet d’une montagne un jour mi-pluvieux, mi-ensoleillé en regardant les couleurs dessiner un arc et se dissoudre dans l’air. Elle avait deux ans et demi.
C’est pourquoi j’ai toujours su que cet enfant avait un don pour les mots. Elle aimait qu’on lui lise des histoires et elle en fabriquait elle-même ainsi que des chansons, des poèmes et des jeux, elle inventait ses propres mythologies et composait des lettres sans fin pour sa chère mamie.
Elle n’apprit pas à lire tôt.
Elle n’allait pas à l’école, ce qui fait que cela ne lui posa pas de problème ni à qui que ce soit. Elle faisait partie d’un groupe d’enfants dont le sens de politesse leur dictait de ne pas faire de la lecture un gros problème ni d’ailleurs de n’importe quelle compétence qu’un enfant aurait et qu’un autre n’aurait pas. Si les enfants étaient en train de jouer à un jeu et avaient besoin de lire quelque chose, ou s’ils inventaient un jeu et souhaitaient écrire quelque chose, ils trouvaient juste un enfant ou un adulte qui pouvait le faire.
Quelquesfois j’ai essayé, alors que je lui lisais une histoire, de suivre les mots que je lisais avec mon doigt, ou d’insister sur les sons que font certaines lettres. Et comme la plupart des enfants qui ne vont pas à l’école, elle était rapide à reconnaître un adulte avec un ordre du jour. “Je n’aime pas quand tu fais ce truc avec ton doigt” disait elle. Alors j’arrêtais.
Je commençais à noter que c’était comme si elle était en réalité contre le fait de se concentrer sur les lettres imprimées de la page. Elle mémorisait des livres et des poèmes entiers mais le faisait par le son et non pas la vue. Elle jouait du piano mais n’aimait pas regarder les notes. Quand elle dessinait, ce qu’elle faisait en permanence, elle ne dessinait pas en regardant les choses et copiant ce qu’elle avait vue. Elle dessinait à partir de quelque part profondément à l’intérieur, ses lignes étaient fluides, adroites et intuitives.
Un jour, quand elle avait environ sept ans et demi, sa chère mamie, ma chère belle-mère, qui se trouvait être une psychologue scolaire dans le système scolaire public, ne pouvait plus supporter cette situation. Bien qu’elle essayât de ne pas interférer, elle ne pouvait plus contenir les certitudes scientifiques de ses diplômes avancés, de ses quarante années d’expériences professionnelles et de son accès régulier aux meilleures données disponibles, avec une grande anxiété elle explosa : “Je sais qu’il y a une fenêtre cognitive pour un enfant d’apprendre à lire et si tu manques cette fenêtre tu vas avoir des problèmes plus tard ! Et pour Isabel cette fenêtre est apparu alors qu’elle avait quatre ans !
Il y eu un long silence.
Mamie,” je lui dis finalement. “Si tu vas à l’école et que tu ne peux pas lire quand tu as sept ans, tu vas être stigmatisé, humilié et devenir incroyablement angoissé d’une telle manière que cela va interférer avec tes aptitudes à apprendre dans le futur. Cela n’arrivera pas pour Isabel.”
Étonnamment il y eut un autre moment de silence. Elle n’avait jamais pensé à cela plus tôt.
De plus,” je continuais, “Les histoires pour enfants sont pleines de belles-mères, de sorcières et de dragons mangeurs d’hommes. J’ai appris à lire quand j’avais quatre ans parce que j’aimais toutes ces choses. Isabel était térrifiée par ces histoires. Quand nous lui lisions l’histoire de La Souris et de La Moto et que la dame entre dans la chambre avec l’aspirateur, elle nous demandait de lire avant elle pour vérifier si la petite souris arrivait à s’enfuir. Elle n’avait aucun désir de rester seule avec ces histoires. Elle voulait qu’un grand lui lise pour elle.”
À ma surprise, le visage de Mamie fondit avec ça. En fait, c’était comme si elle redevenait une fleur. Sa voix devint très douce.
Oh”, dit elle. “J’étais pareil quand j’étais petite.”
Six mois plus tard Isabel lisait Harry Potter indépendamment. Elle ne voulait plus attendre qu’un adulte ait le temps de lire pour elle, elle avait besoin de savoir ce qui se passait ensuite, dragon ou pas. Quand elle eut quatorze ans elle lut Guerre et Paix. Quand elle eut 20 ans elle fut à la tête des tuteurs d’écriture à son université.
Comment cela est arrivé ? Nous ne le savons pas vraiment. Ceci est un point important. Nous ne savons pas. Je ne sais pas. Personne ne sait vraiment. Les processus cognitifs qui sont à la base du fait de savoir lire et écrire sont complexes à un niveau qui dépasse l’imagination. Nos compréhensions scientifiques en sont encore à leurs premières étapes. Mais des personnes qui ont des enfants qui ne vont pas à l’école hochent de la tête à la reconnaissance de cette histoire, parce que parmi les enfants qui ne vont pas à l’école ou qui vont dans des écoles libres ou démocratiques, l’exemple d’Isabel dans l’apprentissage à la lecture est commun. Il arrive tout le temps. Le fait est que la plupart des “chercheurs” et des “experts” (sans mentionner les psychologues scolaires) ne réalisent même pas qu’il est possible que cela nous concerne tous.
Ce qui devrait nous inquiéter davantage c’est que ces “experts” affirment en connaître bien plus sur les processus cognitifs de la lecture qu’ils n’en connaissent en réalité, et les politiques basées sur ces affirmations présomptueuses ont une incidence sur des millions d’enfants en limitant leurs horizons, en les étiquetant comme étant handicapé et en les conduisant à la frustration et au désespoir. Philip Lieberman, un scientifique cognitif qui a étudié les bases évolutionnaires des réseaux neuronaux impliqués dans le language se réfère à la vision actuelle qui identifie “les centres du cerveau” du language comme une sorte de néo-phrénologie qui serait une version mise à jour des théories du XIXème siècle qui disent que vous pouvez identifier le type d’intelligence en cataloguant les différents morceaux du crâne d’une personne. En d’autres mots, nous nous mettons nous-même dans une position délicate aux yeux des générations futures avec nos affirmations que nous pouvons identifier les aptitudes et handicaps à la lecture avec les couleurs indistinctes qui apparaissent sur l’image d’un IRM. La science est loin d’être arrivé, elle n’en est même pas proche.
N’importe quelle mère Maori sait qu’un enfant n’apprend pas de manière linéaire en suivant une ligne qui monte mais par un procédé en escalier. Ils avancent, puis ils sont sur un plateau pendant un petit moment, puis ils avancent de nouveau. Leur apprentissage est une rivière souterraine, vous ne pouvez pas la voir, vous ne pouvez même pas la sentir à certains moments. Et de manière soudaine ils s’envolent. Vous ne pouvez pas le contrôler, vous ne pouvez pas en prendre le crédit. C’est le leur. Vous devez être là, pour leur fournir de la chaleur et de la stabilité, leur fournir les outils et les ressources, répondre à leurs questions, leur raconter des histoires, avoir des conversations d’adultes qui ont du sens et faire du travail d’adulte qui a du sens en leur présence. Mais quand ils s’envolent, c’est avec leurs propres ailes.
N’importe quel parent Cree sait que vous pouvez savoir quand un enfant est prêt parce qu’il commencera à poser des questions sur le sujet. Vous ne pouvez pas contrôler le temps et il n’y a aucune raison de le faire. Chaque année, nous ne savons pas quand les saumons et les oies arriveront, quand la glace fondra et que les rivières monteront, quand les myrtilles fleuriront et donneront leurs fruits, mais chaque année, elles fleurissent et donnent des fruits, et nos enfants grandiront.
Même dans les sociétés WEIRD, tout le monde sait qu’il y a une période de plusieurs mois durant laquelle un enfant dira ses premiers mots ou fera ses premiers pas. Un enfant qui marche à 10 mois ne sera pas nécessairement plus talentueux physiquement qu’un enfant qui marche à 14 mois, et les pédiatres passent la plupart de leur temps à nous rassurer et nous encourager à ne pas comparer nos enfants les uns les autres. Il n’y a aucune base scientifique ou autre qui suppose qu’un enfant atteindra une quelconque étape importante à un âge uniforme, et ceux d’entre nous qui avons des enfants qui ne vont pas à l’école font souvent une plaisanterie à propos du fait que si nous exigions à tous les enfants de faire leurs premiers pas au même âge, nous serions une nation de personnes ayant des handicaps pour marcher.
Mais alors que l’enfant se déplace à travers les cycles de la vie, des premiers pas aux premiers mots en passant par la perte des dents de lait, faire du vélo et atteindre la puberté, l’éventail normal des variations entre les enfants ne décroît pas, il augmente radicalement. Une fille parfaitement saine peut atteindre sa puberté à neuf ans ou à quinze ans, une étendue tout à fait normale de plusieurs années. La faculté de lire mélange cette variabilité avec la complexité énorme des dimensions cognitive, visuelle, auditive, émotionnelle, physique et sociale qui doivent tous être mature et travailler ensemble chez l’enfant qui grandit pour que la capacité à lire couramment puisse émerger. Et pourtant nous avons créé une institution obligatoire multimilliardaire avec ses industries auxiliaires multimilliardaires qui reposent sur l’idée que ces enfants doivent atteindre ces étapes au même âge.
Et s’ils n’y arrivent pas, il y aura de lourdes conséquences.
Un jour quand ma fille avait huit ans nous avions le sentiment qu’elle et son meilleur ami Raphaël était en train de comploter quelque chose, et nous les avons découvert blotti ensemble avec un livre, essayant de comprendre ce qu’il disait. Comme les enfants de la fameuse expérience du “Trou dans le Mur” de Sugata Mitra, ils comprenaient ensemble. Quand je suis entré dans la pièce ils regardèrent ailleurs comme des enfants qui auraient été surpris à faire quelque chose d’illicite. C’est une autre chose que vous apprenez à propos des enfants quand ils ne vont pas à l’école. Ils ne veulent pas être observés tous le temps. Ils ne veulent pas être examinés et mesurés. Souvent ils ne souhaitent même pas être loués ou encouragés. Ils ont un sens remarquable de la dignité et de l’autonomie, et ils le défendent avec férocité. Ils veulent que leur apprentissage soit le leur.
En très peu de temps, tous les enfants dans leur petit groupe pourront lire couramment. Ils ont appris à partir des boîtes de céréales, des signaux dans la rue, des dessins animés jusqu’à l’ordinateur, les livres et les grandes soeurs, à partir des histoires et des chansons, des jeux et des poèmes, à partir des jeux de plateaux, des jeux vidéo et des jeux de mots, à partir des recettes, des étiquettes et des manuels d’instructions, à partir des lettres aux grands-mères, de leurs parents et les uns avec les autres. Très peu de personnes vont réussir à avoir une enfance aux États-unis sans que quelqu’un finisse par mentionner à un moment ou à un autre que la lettre “B” fait le son “bhéé” (sauf quand il ne le fait pas), si vous considérez cela comme de l’instruction phonétique, alors d’accord. L’idée qu’il y a une relation entre les lettres et les sons est omniprésent dans la culture, et les enfants vont rencontrer la proposition à un moment sur leur chemin que S est utilisé pour Singe ou C est utilisé pour Crocodile. Certains enfants demandent à des adultes de les aider à apprendre à lire, certains ne le font pas. Certains des enfants utilisent des livres de mots phonétiques ou des logiciels informatiques, ou ils regardent ces livres pendant un moment puis finissent par s’ennuyer et les mettent de côté. Nombreux n’y ont même pas touché.
Cela indique qu’ils ont appris à lire de la même façon que nous apprenons à utiliser un ordinateur, de manière flexible, chacun à sa façon particulière, à n’importe quel moment et à l’allure qui marchait le mieux pour chacun. La phonétique est simplement un outil à utiliser si vous y êtes enclin ou pas du tout, comme un manuel d’ordinateur, certains peuvent l’utiliser systématiquement, certains de manière sporadique, d’autres jamais.
Quand l’on permet aux enfants de commencer à lire quand ils sont intéressés et prêts, de nombreux comptes rendus d’anecdotes indiquent qu’il existe une sorte de distribution sur une courbe de cloche aplatie qui va d’un âge de quatre, cinq ans à un âge de dix-onze ans, avec un sommet de cloche qui s’étend largement autour des 5,6,7,8,9 ans (bien que le psychologue Peter Gray rapporte que les pratiquent culturelles du texto pourrait bien déplacer cette moyenne plus tôt.) L’enfant qui commence à lire plus tard apprend généralement plus vite, en allant de “derrière” son supposé “niveau d’école” pour se retrouver “devant” en l’espace de quelques mois. Pratiquement tous les enfants lisent au “niveau de l’école” ou au-dessus à l’âge de dix ans.
Pourquoi certains enfants lisent plus tard que d’autres ? Encore une fois, nous ne savons pas. Mais de nombreux lecteurs tardifs ont un haut niveau d’intérêt et d’habileté dans les domaines mécaniques, musicales, spatiaux, mathématiques ou digitaux. Nombreux sont ceux à avoir des talents dans les arts du spectacle et l’athlétisme. D’autres encore ont simplement des stratégies d’apprentissage différentes, certains absorbent, réfléchissent, consolident, intègrent et de manière soudaine fleurissent entièrement formé. Comme l’a dit Isable alors qu’elle avait neuf ou dix ans, “J’aime attendre jusqu’à ce que je sache déjà quelque chose, et alors j’aime l’apprendre.
De manière cruciale, les observateurs notent que l’âge du commencement de la lecture ne prédit pas l’aptitude ou de la réussite intellectuelle, il n’est pas hors du commun que les lecteurs tardifs aient de haut niveau d’habileté intellectuelle et soit même talentueux dans leur intérêt de la lecture et de l’écriture. Comme Einstein qui n’a pas parlé avant l’âge de trois ans, certains enfants développent simplement leurs compétences dans un ordre différent.
En d’autres mots, ce n’est pas un gros problème.
Jusqu’à ce que vous-même en fassiez un. Si vous poussez l’enfant à lire quand il n’est pas prêt, vous pouvez lui faire beaucoup de dégâts et cela très rapidement. Quand les adultes deviennent angoissés à propos du développement de l’enfant, cette angoisse se transmet instantanément, car une autre chose que vous découvrez quand vos enfants ne vont pas à l’école est que vous ne pouvez simplement pas prendre pour un imbécile un enfant de six ans. Ils voient à travers vous. Ce que les adultes peuvent considérer comme de l’encouragement et du soutien, les enfants voient souvent cela comme de la manipulation et de la pression, et ils résistent. Faites attention à cet enfant réel en face de vous et à sa façon de répondre à cette activité “chouette” que vous avez planifié, alors vous apprendrez rapidement à voir quand ça arrive.
La résistance des enfants prend plusieurs formes, l’inattention, l’irritabilité, la dérobade, l’interruption, l’agitation, l’oubli, en fait, tous les “symptômes” décrit par le TDAH sont les comportements d’un enfant qui de manière active ou passive résiste au contrôle des adultes. Une fois que vous commencez à générer cette résistance à l’apprentissage, si vous ne reculez pas rapidement, cela peut se solidifier en quelque chose de véritablement handicapant.
Si vous poussez fortement un enfant à faire quelque chose quand il est incapable de le faire à son niveau de développement, une erreur que j’ai faite plus d’une fois et que nos écoles font tous les jours, l’enfermement psychologique qui se produit est catastrophique. Simplement catastrophique. Laissez-moi répéter cela : Quand vous poussez un enfant à faire quelque chose que son développement du moment ne peut simplement pas faire vous créez cette croyance profonde que :
  1. Je déteste ça.
  2. Je ne peux pas le faire.
  3. Je ne serais jamais capable de faire ça.
et
  1. Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi.
Toutes sont, je dois l’indiquer, des croyances profondément handicapantes.
Il est intéressant de noter que le système scolaire finlandais, qui a les résultats de lecture les plus élevés dans le monde, ne commence pas l’instruction de la lecture avant l’âge de sept ans, ce qui est plus proche du sommet naturel de la courbe de la cloche naturelle non forcé que celui du système Américain, qui continue à pousser l’instruction toujours plus tôt. Une étude en Nouvelle-Zélande qui compare les écoles Waldorf qui commencent l’instruction à l’âge de sept ans et les écoles publiques qui commencent à l’âge de cinq ans, ne trouve pas de bénéfice à long terme pour cette instruction entreprise plus tôt. En fait, de nombreuses études montre un avantage dans l’instruction tôt à la lecture en comparant les aptitudes d’enfants aux alentours de l’âge de huit, neuf ans. Ce qu’elles ne montrent pas c’est qu’à l’âge de dix ou de onze ans, l’avantage disparaît et qu’à l’âge de douze ou treize ans, il s’inverse, avec une plus grande compréhension et un enthousiasme à la lecture de ceux qui ont appris plus tard que ceux qui ont appris plus tôt.
Une hypothèse est que non seulement la fenêtre de développement normal pour la lecture supposé par les écoles Américaines est trop étroite, mais aussi qu’ils la placent trop tôt. En d’autres mots, c’est comme si on ne s’attendait pas à ce que les enfants fassent leurs premiers pas à une moyenne de douze mois, mais qu’on s’attendait à ce qu’ils fassent leurs premiers pas à un âge précoce de dix mois. En faisant cela vous créez une sous-classe d’enfant tellement confuse et angoissée, dont les processus naturels du développement et de l’organisation physique et neurologique sont sévèrement interrompus, que vous n’avez littéralement aucun moyen de savoir ce qu’ils auraient été si vous ne leur aviez pas fait cela.
Souvenez-vous s’il vous plaît que les niveaux de certification standardisée n’existent pas dans la nature, ils n’ont pas été créé scientifiquement mais par décret. Et il n’y a eu presque aucune étude sérieuse sur le développement cognitif de l’enfant qui apprend en étant pas formé à l’intérieur de l’échelle de mesure arbitraire du système scolaire. La Finlande met simplement ses standards à un niveau où la plupart des enfants réussiront. Les États-unis les mettent à un endroit où un pourcentage significatif échouera. C’est un choix. En le faisant, nous créons peut-être des handicaps chez des enfants qui auraient été en bonne santé si nous leur avions permis de lire selon leurs propres emplois du temps développementaux.
Parce que vous savez quoi ? Si y a une chose que les données prouvent, c’est que nos enfants sont tous différents.
Au fait, la lettre “B” fait le son “Berk”.


Un dicton commun parmi les Aborigènes d’Australie est que “Tous les enfants sont intelligents.” Même l’auteur de “Brilliant: The Science of How We Get Smarter” rapporte que la recherche commence à montrer que les dyslexiques sont plus intelligents que les lecteurs précoces. Avons-nous vraiment besoin de la science pour découvrir cela ? Ne pouvons-nous pas simplement regarder les yeux brillants de nos enfants et savoir qu’ils amènent tous quelque chose d’unique et de précieux dans le monde ? Avons-nous besoin de les aligner et de les comparer pour trouver qu’un pourcentage prévisible d’entre eux a une carence et même un “handicap” ?
Le mouvement de la “neurodiversité” a commencé comme un défi pour l’hégémonie éducative qui définit ce que sont les formes cognitives “normales” et celles qui ont un “handicap”. Malgré des variations floues sur des images IRMf, il n’y a pas de preuves scientifiques convaincantes que la vaste majorité des 15-17% de la population qui est estimée comme étant dyslexique ne soit pas parfaitement saine, que ce ne sont pas des personnes normales qui ont simplement des talents différents, des façons d’apprendre différentes et des emplois du temps différents. De nombreux dyslexiques sont en train de repousser les modèles du handicap en affirmant qu’ils ne sont pas plus handicapés par leurs moyens particuliers d’apprendre qu’un violoniste de concert serait handicapé parce qu’il ne serait pas un bon joueur de hockey sur glace. Après tout, les enfants dyslexiques ont souvent une meilleure imagination que les non-dysléxiques, mais personne n’étiquette l’enfant “normal” d’avoir un “handicap d’imagination”.
Ce n’est pas à nos enfants d’accepter une étiquette “handicap” qui permettrait de “se qualifier” pour un environnement d’apprentissage approprié, mais aux adultes de fournir des environnements d’apprentissage qui soient assez flexibles pour s’adapter aux variations naturelles de nos enfants. Nous pouvons accueillir l’enfant qui lit plus tard et/ou plus lentement non pas avec un service spécial pour le handicap, mais simplement comme une question de courtoisie quotidienne normale et de respect pour nos semblables humains qui ont une large variété de forces et de faiblesses comme nous tous.
La dyslexie n’est pas quelque chose que vous avez, dit le Dr. Ross Cooper, qui est un chercheur sur la dyslexie et qui est dyslexique lui-même (Il adopte le terme de la même façon que les mouvements gay ont adopté le mot “queer” qui était aussi au départ utilisé de manière péjorative.) Il s’agit de quelque chose que vous êtes. Et il s’agit de quelque chose, souligne-t-il, qui a une valeur dans le spectre de la diversité humaine. Cooper fait l’hypothèse qu’une caractéristique commune aux nombreux “handicaps spécifiques à l’apprentissage” est une préférence pour le traitement des informations d’une manière visuelle et holistique plutôt que verbalement et analytiquement. Plutôt que de se concentrer étroitement sur des choses d’une manière séquentielle et linéaire, l’enfant a une tendance à absorber les données visuellement en ayant une vue d’ensemble sur le sens et le contexte (ces couleurs flous qui s’illuminent dans la partie de l’hémisphère droit du cerveau), un processus qui peut ralentir le décodage mais qui peut aussi approfondir et enrichir la pensée latérale, l’intuition, l’imagination et la créativité. Ces enfants ont des cerveaux qui s’organisent eux-mêmes différemment et cela ne va pas sans dire que leur courbe de développement est donc différente. Quand nous interférons dans le processus de cette organisation, quand nous le stigmatisons, le testons et essayons de le corriger prématurément ou quand nous essayons d’enseigner aux dyslexiques de penser comme les autres enfants en les exerçants agressivement avec de la phonétique. Cooper dit qu’en les traitant comme s’ils avaient quelque chose de cassé qui aurait besoin d’être réparé, nous volons l’opportunité à ces enfants de se construire organiquement à partir de leurs forces.
Il est intéressant de noter que les enfants des cultures indigènes traditionnelles traitent souvent les informations d’une manière holistique et contextuelle plutôt que de manière analytique. Si vous demandez à des personnes venant de cultures urbaines non-indigènes de vous séparer en groupe une liste de plantes et d’animaux, ils le feront de manière taxonomique, en les séparant en catégories de mammifères, d’oiseaux, de poissons, de plantes. Si vous demandez à une personne indigène, elle peut le faire d’une manière écologique, en mettant une tortue, un saule, un héron et un castor dans le même groupe parce qu’ils vivent tous dans les zones humides. L’examinateur peut considérer cela comme une “mauvaise” réponse parce que les écoles ont tendance à insister sur la séparation taxonomique et la pensée analytique. Mais la seconde réponse renvoie aux formes du système de la pensée holistique que les enfants natifs de la campagne peuvent utiliser plus gracieusement à un jeune âge que ne le peuvent leurs pairs urbains non indigène.
Les enfants de la ville grandissent entouré de dessins animés où les souris parlent et les poissons chantent des mélodies ce qui les amène parfois à une grande distance d’une compréhension des systèmes de vie réels et Henrich et al. suggèrent qu’étudier le développement cognitif du raisonnement biologique d’un enfant urbain peut être “l’équivalent d’étudier la croissance physique “normale” chez les enfants sous-alimenté.” Mais dans les écoles, les enfants indigènes des campagnes sont testé et trouvé trop souvent comme étant moins intelligent et davantage “handicapé” de l’apprentissage que le sont les enfants blancs des villes, il s’agit d’un phénomène profondément perturbant qui revient trop souvent parmi les peuples ruraux traditionnels tout autour de la planète.
Pourquoi cela ? Comme un chercheur sur l’intelligence l’a découvert, si vous calculez le QI moyen du score aux États-Unis il y a une centaine d’années et que vous le comparez avec ceux d’aujourd’hui vous découvrirez que par selon les définitions modernes les grands-parents et les arrière grands-parents de la plupart des Américains blancs seraient catégorisés comme mentalement handicapé. Est-ce que cela signifie que vos ancêtres étaient idiots ? Oui, peut-être. Mais ce que cela signifie probablement c’est que la plupart des Européens-américains du 19ème siècle et du 20ème siècle comme nombreuses personnes indigènes aujourd’hui ont vécu dans un monde avec une connaissance et une intelligence véritablement concrète et contextualisé qui était nécessaire pour survivre et non pas la connaissance abstraite scolaire. Malcolm Gladwell rapporte dans le New Yorker que lorsque le psychologue Michael Cole a donné aux membres de la tribu Kpelle du Libéria une version du test WISC des similarités, il a découvert que les Kpelle rangeaient systématiquement le couteau et la pomme de terre dans la même catégorie. “Parce que le couteau est utilisé pour couper la pomme de terre.”
Un homme sage pourrait seulement faire cela de cette façon,” ont-ils finalement expliqué,
le chercheur demanda, “Comment est-ce qu’un fou le ferait ?” Les membres de la tribu reclassèrent les objets dans les “bonnes” catégories.
Ce qui fait que le test de QI, comme tous les autres tests scolaires, s’avère n’être pas tant une mesure de l’intelligence qu’une mesure de la modernisation, d’une transition à grande échelle des sociétés industrielles, de la pensée concrète à la pensée abstraite, de la pensée holistique à la pensée analytique, des systèmes de pensée contextualisés à des pensées linéaires décontextualisés.
En d’autres mots, votre QI n’est pas la mesure de à quel point vous êtes astucieux. Il mesure à quel point vous êtes WEIRD.
Bien, vous pourriez dire, mais n’est ce pas un stage du développement humain positif et inévitable puisque les sociétés deviennent plus complexes technologiquement et “avancées” intellectuellement ? Pas selon Iain McGilchrist, un psychiatre et chercheur en imagerie cérébrale qui a écrit le livre “The Master and his Emissary” et affirme que l’attention étroite, mécanique, analytique qui est la partie si dominante dans nos sociétés modernes à en réalité évolué comme un outil limité qui est guidé et contenu dans une partie du cerveau qui a une attention plus large, holistique et basé sur la relation. McGilchrist soutient que les civilisations occidentales modernes ne sont pas plus avancées que les autres sociétés humaines, mais plutôt sont devenues dangereusement déséquilibrées en se dirigeant vers une forme d’analyse froide, abstraite et mécanique aux dépens d’une compréhension du monde plus interconnecté, empathique et holistique. Comme le montre McGilchrist, cette sorte de déséquilibre ne fait pas de vous des personne plus “brillantes” par rapport à d’autres personnes, elle fait de vous un sociopathe.
La diversité cognitive humaine existe pour une raison, nos différences sont le génie et la conscience de notre espèce. Ce n’est pas un accident que ce soit les penseurs holistiques indigènes qui nous rappellent régulièrement notre place appropriée dans les systèmes écologiques de la vie tandis que notre société technocratique qui cible étroitement passe sauvagement de la conservation à la dévastation massive de la planète. Ce n’est pas un accident que les penseurs dyslexiques holistiques soient souvent nos artistes, nos inventeurs, nos rêveurs et nos révoltés.
Marie Battiste, un professeur d’éducation Mi’kmaw à l’Université de Saskatchewan, a un terme très clair pour la tendance d’un groupe puissant pour réclamer l’autorité pour définir ses propres caractères et préférences cognitives comme normale et désirable et toutes les autres façons de penser, d’apprendre et de comprendre le monde comme un manque et un handicap. Elle appelle cela l’impérialisme cognitif. C’est l’équivalent cognitif du racisme. Cela mène naturellement, bien sûr, à une sorte de destinée manifeste cognitive qui suppose qu’une façon de penser, une façon d’apprendre et une façon d’être dans le monde est destinée à submerger et remplacer tous les autres.
Ce qui nous ramène aux phonétiques. Reid Lyon, le “tsar de la lecture” de George Bush, a attiré l’attention des médias en se vantant que son approche de l’instruction de la lecture était “basé sur la science et non pas sur la philosophie”. (Voilà encore cette attitude.) Mais il n’y a rien de “scientifique” sur l’effort de choisir qu’elle est La Meilleure Méthode Prouvé pour enseigner la lecture à tous les enfants. Comme Henrich et al. le montre, les recherches WEIRD viennent des conclusions WEIRD parce qu’elles sont conduite par des chercheurs WEIRD qui posent des questions WEIRD. Dans ce cas la question qu’ils ont demandée était, “Si nous forçons tous les enfants des États-Unis à apprendre à lire d’une façon unique, quelle sera cette façon ?
Mais il n’y a aucune raison scientifique d’avoir cette question. C’est un choix profondemment philosophique et politique.


N’importe quel père Yanomami sait que vous n’avez pas à forcer un jeune enfant pour apprendre, que vous leur donnez simplement les outils dont ils ont besoin et vous les laissez jouer avec. N’importe quelle grand-mère Cree sait que si vous voyez un enfant faire quelque chose incorrectement, vous ne l’humiliez pas en le montrant ouvertement du doigt mais vous lui montrez la bonne façon de le faire tranquillement sans fanfare. N’importe quel ancien Odawa sait qu’un enfant apprendra parfois plus de votre silence que de vos discours.
Lentement, avec hésitation et précaution la science redécouvre un peu cela.
Depuis le siècle des lumières, chaque génération de scientifiques a tendance à tomber dans l’illusion que nous sommes maintenant au sommet de la connaissance et de la compréhension humaine, que l’erreur n’est plus dans nos pieds et que maintenant nous “savons” comment les choses sont vraiment. Selon le domaine qui est étudié, cet orgueil intellectuel démesuré peut entrainer des résultats qui sont comiques, maladroits, destructeurs et quand cela concerne l’enfant, tragiques. Dans les années 50 les scientifiques “savaient” que lait conditionné était meilleur que le lait humain, une absurdité qui a été responsable de la mort par maladies diarrhéiques et de malnutrition de millions de nourrissons dans le monde en développement. Ils “savaient” que les nouveau-nés comme les animaux n’ont pas de systèmes neuronaux développés pour sentir la douleur, si bien qu’ils réalisèrent des opérations chirurgicales sur des millions de nourrissons (et d’animaux) sans anesthésie. Ils “savaient” que les personnes apprennent par résultat d’un renforcement positif ou négatif du comportement plutôt que comme le résultat de passions intérieures, de motivations et de préférences qui seraient laissées libres comme une rivière céleste coulant en chacun, et ils persuadèrent un système entier d’éducation à entraîner les enfants comme des pigeons et des rats, avec des examens incessants et des réactions punitives ou des récompenses.
Aujourd’hui les militants des phonétiques Américaines déclarent “savoir” comment les enfants apprennent et comment leur enseigner de la meilleure façon. Ils ne savent rien de la sorte. Une valeur clé d’une enquête scientifique sérieuse est aussi une valeur clé dans chaque culture indigène autour du monde : l’humilité. Nous apprenons.
Mais chaque parent Inuit sait que vous racontez des histoires le soir, quand l’esprit de l’enfant est détendu et élargit et avant que le sommeil emporte les mots et les images profondément dans l’âme. La science redécouvre que les souvenirs sont consolidés la nuit, en dépit des “données” de la précédente génération qui “prouvaient” que l’enfant apprend mieux le matin. L’enfant écoute bien mieux la nuit, il pose des questions plus profondes la nuit, il imagine de manière plus vive la nuit. Dans la clarté du jour, l’esprit se tourne vers le monde extérieur, un enfant veut souvent être en mouvement, actif et interagir socialement, et les choses que l’on vous raconte le matin peuvent se faire éjecter de toute cette activité bourdonnante comme un papillon se ferait éjecter d’un ventilateur mobile. Les choses qui vous sont dites la nuit sont transportés à l’intérieur, ils entrent dans vos rêves, ils deviennent sans effort une partie de vous.
Alors que faisons-nous en attendant que la science redécouvre tout cela et pour que les données nous le prouvent ? Qu’est-ce que nous allons faire de cet enfant, cette constellation unique de talents humains, de brillance et de fardeaux, cet enfant humain unique, normal, lumineux, rayonnant qui se lève devant nous aujourd’hui, à cette minute juste là maintenant ?
Nous avons toujours besoin de sagesse et non de données pour bien élever nos enfants. De manière ironique, tandis que la science de l’apprentissage est toujours grossière et primitive, les cultures que certains appellent “primitives” intègrent une connaissance à propos du développement humain qui est sophistiqué, profond, nuancé et empiriquement basé sur des milliers d’années d’observation, d’intuition, d’expérimentation et de perception intérieure. Parlez à des scientifiques, des écrivains, des artistes et des entrepreneurs talentueux et vous découvrirez qu’ils ont appris de la même façon que les enfants Yanomamis ont appris, par une observation appliquée, par l’expérimentation, par l’immersion, par la liberté, par la participation, à travers le vrai jeu et le vrai travail, à travers une sorte d’activité libre ou la distinction entre le jeu et le travail disparaît. Parlez avec un mécanicien automobile véritablement bon, un charpentier, un fermier, un joueur de violon, un concepteur de site web, un éditeur de film, un auteur-compositeur, un photographe, un chef cuisinier et vous découvrirez qu’ils ont appris de la même façon.
Les chercheurs de l’éducation commencent lentement à voir ce phénomène à travers leurs lunettes, mais ce n’est que le commencement. Comme le poisson proverbial qui n’a pas encore découvert l’eau, la plupart sont encore limité par le jeu de suppositions WEIRD qui limite leur domaine de recherche et ils n’ont toujours pas réalisé que l’élément dans lequel ils vivent n’est pas le monde entier, ils n’ont pas vu qu’ils sont en train de tourner à l’intérieur des murs en verre du bocal à poisson qu’ils ont eux-même créé, et qu’il y a un univers de possibilités pour l’apprentissage qu’ils n’ont pas encore commencé à rêver.
C’est dans notre oisiveté, dans nos rêves que parfois, la vérité qui était submergée remonte au sommet”. dit un jour une grande artiste. La science est un outil d’une incroyable puissance et beauté, mais c’est n’est pas un bon parent, elle doit être équilibrée par quelque chose de plus large, de plus profond, de plus ancien. Comme le vent et le climat, comme les écosystèmes et les microorganismes, comme les cristaux de neige et l’évolution, l’apprentissage humain n’est pas domestiqué, il est imprévisible, c’est un mouvement fractal fleurissant si complexe et si mystérieux que quiconque d’entre nous ne peut le mesurer ni le contrôler. Nous faisont tous parti de ce mouvement fractal et la capacité à aider nos progénitures à grandir et à apprendre est dans notre ADN. Nous pouvons commencer à le redécouvrir maintenant à expérimenter, à observer, à écouter, à explorer les milliers d’autres façons d’apprendre qui existe encore partout sur la planète. Lire les données et les mettre de côté. Regarder les yeux de votre enfant, ce qui les rendent vitreux et morts et ce qui les éclaircies, les stimulent et les illuminent. C’est là que se trouve l’apprentissage.
Traduit par Michaël Seyne
Source :
http://schoolingtheworld.org/a-thousand-rivers/
NOTES
  • (NdT1 : No Child Left Behind et Race to the Top, sont des campagnes importantes menées par les gouvernements américains en faveur de l’industrie et l’institution éducative.)
  • (NdT2 : McGraw-Hill est une grosse corporation publique financée par l’institution éducative pour la création de matériels scolaires, de manuels et d’examens.)
  • (NdT3 : (W) westerner/occidental, (E) éduqué, (I) industrialisé, (R) riche et (D) démocratique, WEIRD que l’on peut traduire par étrange ou bizarre.)
SOURCES
Billions For an Inside Game on Reading, Michael Grunewald, Washington Post, October 1, 2006.
1 In 4 Americans Thinks The Sun Goes Around The Earth, Survey Says, Scott Neuman, The 2-Way, Breaking News from NPR, February 14, 2014.
First Amendment education surveys keep challenging us to try new things, Eric Newton, The Knight Blog, The blog of the John S. and James L. Knight Foundation, November 8, 2012.
We’ve done the largest string of studies about First Amendment education in America’s high schools, so what are we learning? …My bottom line: I had seen First Amendment education as a school issue; now, I think young people may be able to learn about the nation’s five fundamental freedoms outside the classroom as easily as they do inside. Maybe even easier.”
Someone Has To Fail: The Zero-Sum Game of Public Schooling, David F. Larabee, Harvard University Press, 2010.
Colonial America had no system of education. Instead it provided a loose collection of informal ways to provide basic literacy and numeracy skills to most of the population and advanced learning to a few. Parents taught their own children in the home, or if they could afford it they hired a tutor. Churches provided religious education for the young, which required them to offer literacy training as part of the process. Parents contracted with master craftsmen to take on their sons as apprentices, which meant not only teaching them a trade but also teaching them to read, write, and figure. In a variant of this practice, parents frequently boarded out their children with another family, which in turn agreed to educate them as part of the arrangement. Often a woman in the neighborhood would take in students for a fee and teach them the basics in her own home… Most students received some form of education during this period, and most of these did not attend anything resembling a school…
(The Common School Movement) was not an effort to raise the literacy rate, which was already near universal in New England and elevated in the rest of the country… The massive public investment in constructing the school system in the mid-nineteenth century did little to increase rates of literacy. The system did not even increase the likelihood that a young person would receive an education, since that was already taking place in some form or other for most Americans in the early part of the century. What the system did do was increase the likelihood that young people… would acquire their education in the setting of a formally constituted school, which was publicly controlled, age graded, and run by a trained teacher.”
American Reading Instruction, Nila Banton Smith, International Reading Association, 2002. First published in 1934. An account of the major developments and pendulum swings in the teaching of reading.
There is much that is familiar in the musings of Mr. Hoole, who shows great compassion for “the extreme labour and terror of the poor children with enduring far overmuch and long severity…” and suggests several games involving words and letters to help children learn to read. He observes that while “apter” pupils learn quickly with formal direct instruction, others, who,”not finding any thing to affect them, and so make them heed what they learne, go on remissely from lesson to lesson, and are not much more able to read, when they have ended their book, then when they began it.” He recommends a kind of “Suzuki” method for teaching reading, where the child’s mother is to “acquaint him a little with the matter beforehand, for that will intice him to read it, and make him more observant of what he read’s.” In fact, mothers often “taught little ones to pronounce all the letters, and to spell pretty well,” before coming to school, “by making the childe to sound the five vowels a, e, i, o, u, like so many bells upon his fingers ends…Then putting single consonants before the vowels (leaving the hardest of them to the last) and teaching him how to utter them both at once, as va ve vi vo vu….”
In other words, just as with the Suzuki method of music instruction in which children listen to a tune over and over so that it is encoded in their memory AND learn to play it before they try to decode it explicitly on the sheet music, this method of teaching reading involved children memorizing whole verses, rhymes, and syllables — and actually learning to spell syllables — before learning to decode them as text on paper. Hoole is very aware that no single method works for all children, however, and takes it as a given that if one way does not work, other methods can be found. As he says,
Indeed it is Tullies observation of old, and Erasmus his assertion of latter years, that it is as natural for a childe to learn, as it is for a beast to go, a bird to fly, or a fish to swim, and I verily believe it, for the nature of man is restlessly desirous to know things, and were discouragements taken out of the way, and meet helps afforded young learners, they would doubtless go on with a great deal more cheerfulness, and make more proficiency at their book then usually they do; And could the Master have the discretion to make their lessons familiar to them, children would as much delight in being busied about them, as in any other sport, if too long continuance at them might not make them tedious.”
Ngecha: A Kenyan Village in a Time of Rapid Social Change, Carolyn Pope Edwards & Beatrice Blyth Whiting, eds. University of Nebraska Press, 2004.
Indigenising Curriculum: Questions posed by Baiga vidya, Padma M. Sarangapani, Comparative Education, Volume 39, 2003.
Indigenous Knowledge Systems / Alaska Native Ways of Knowing. By Ray Barnhardt and Angayuqaq Oscar Kawagley, Anthropology and Education Quarterly, 36(1), pp. 8-23. 2005.
Childhood in an Indian Village, Wilfred Peltier. New England Free Press, 1969.
I have been to numerous communities across Canada and I still do not find where Indians teach. All young children were allowed to grow, to develop, and to learn….We learned … by listening to the words adults spoke, what they said when they were talking, and built our own kind of relationship with (things.)…
One of the practiced ethics of the community was non-interference. No one interfered with us, and this way of living still exists today. If you go to an Indian home the kids don’t come up and bug you while you are talking to someone else. They might come and stand by you quietly, just as an adult might. If you observe Indians someplace, they will stand quietly, and only when they are acknowledged, will they speak. If they get into a group session, they will act the same way. They will sit and listen to people talk, and when they get the opportunity they will speak, but they won’t cut you off or interfere. There are some who do this now, but not very many. Most of them will just wait. The whole background of the educational system was that of observing and feeling. This is how they learned.”
The Weirdest People in the World? Joseph Henrich, Stephen J. Heine, Ara Norenzayan, Behavioral and Brain Sciences, 2010.
The Australian Aboriginal View of Giftedness, Wilhelmina J. Vialle, Kathleen Gibson, University of Wollongong Faculty of Education Research Online, 2007.
Braggett (1985) suggested that Aboriginal children from traditional communities often find school an alien environment where they may be expected to accept white values, adopt different learning styles, and compete with their peers. Many Aboriginal children are brought up to accept cooperation in larger groups. Further, he stated that Aboriginal students are “high in memory skills, excel in visual-spatial ability, are persistent and stubborn, exhibit high internal motivation when interested, and are bored by routine tasks” (p. 3)”
Aboriginal children … come from a cultural background which believes all children to be clever and that it is not acceptable to stand out above others (Kearins, 1988). For example, Ungunmerr (1976) discussed the problems of an Aboriginal child who is singled out and praised above the rest of the group. Such praise is an embarrassment and may make the praised child feel as though he or she has let down the rest of the group. Consequently, this child lowers her or his performance to follow cultural mores. In addition, Ungunmerr pointed out that the ethos in Aboriginal cultures is largely egalitarian by nature… The conflict between the home culture and the school culture of competition and ‘topping the class’ often make it difficult for educators from Western cultures to recognise giftedness in Aboriginal students.”
The Cultural Nature of Human Development, Barbara Rogoff, Oxford University Press, 2003. I highly recommend this book to anyone looking for a broad introduction to different cultural approaches to learning:
The question of how quickly children can reach developmental “milestones” was referred to as “The American Question” when I studied at Jean Piaget’s Swiss Institute… Teachers in the United States and France routinely refer to children’s progress along a linear dimension measured now in months, such that children in the same school class are seen as being “ahead” or “behind” expected performance… Relevant to such judgments is whether their birthdate falls early or late in the year assigned to a particular grade level. Children who are slower in following predefined stages of learning to read (on the teacher’s schedule) are regarded as failing or likely to become failures… despite lack of evidence that early achievement of milestones offers any inherent advantage.
In some communities, infants are not expected to rapidly understand the ways of those around them, and adults are comfortable that infants will learn when they are ready if not pushed against their will. Infants’ development is not conceived as progressing past a linear sequence of milestones in accord with a timeline.”
And on authority and control, quote from Minnie Aodla, Inuit:
[Non-Inuit people] who have gone north and lived in the settlements, who do not understand Inuit home life or believe in our way of child-rearing, think that Inuit children are spoiled. [When I visited a non-Inuit home in Ottawa], I could not help but notice the treatment of the children by the parents…. Words like “don’t,” “no,” “move” were to me like talking to a dog who was eating from some other dog’s dish or who did not obey commands given during sled travel. My culture tells me that the word no leads to disobedient children who become very hard to handle later on.”
Learning to Read the World Through Other Eyes, open-access curriculum developed by Vanessa Andreotti and Lyn Mario T.M. de Souza for the Centre for Development Education Research (Institute of Education, University of London), University of Sao Paulo, University of Canterbury (Aotearoa/New Zealand), and Survival International. 2008. Views of Maori learning come from interviews with Maori educator Mereana Taki. Again, I would like to emphasize that Mereana Taki does not claim to speak for all Maori people, and this phrasing is merely meant to convey that, while individuals vary within all cultures, common views of learning vary widely between cultures.
Human Language and Our Reptilian Brain: The Subcortical Bases of Speech, Syntax, and Thought,Philip Lieberman, Perspectives in Biology and Medicine, Winter 2001.
Sugata Mitra’s new experiments in self-teaching, TED talk, 2010. Mitra describes his famous “Hole In the Wall” experiment with Indian street children who collaboratively taught themselves to use computers with no adult instruction.
Children Teach Themselves To Read, Peter Gray, Psychology Today Freedom To Learn Blog, February 24, 2010.
The Reading Wars: Why Natural Learning Fails in Classrooms, The best practices for teaching reading in school do not mimic natural learning. Peter Gray, Psychology Today Freedom to Learn Blog, November 2013.
Children learning to read later catch up to children reading earlier, Sebastian P. Suggate, Elizabeth A. Schaughency, Elaine Reese, Early Childhood Research Quarterly, April 22, 2012.
School Starting Age: The Evidence. David Whitebread, University of Cambridge, 2014.
Earlier this month the “Too Much, Too Soon” campaign made headlines with a letter calling for a change to the start age for formal learning in schools. Here, one of the signatories, Cambridge researcher David Whitebread, from the Faculty of Education, explains why children may need more time to develop before their formal education begins in earnest.”
Neurotypical’ in Context, POV documentary, 2013.
Brain.HE, resource for neurodiverse students at the London School of Economics. Contains “The Holist Manifesto” by Dr. Ross Cooper.
Living in Relations” Research Project, a collaboration between the Menominee Indian Tribe, Northwestern University, and The American Indian Center (AIC) Research Project. NPR podcast about the project.
Note that this table shows that before school age, the rate of learning disability in Native American children is slightly lower than in white children, but during the school years, the diagnosis of learning disabilities in Native American children is more than twice the rate of diagnosis among white children.
Searching For Justice: The Discovery of IQ Gains Over Time, James R. Flynn, American Psychologist, January 1999.
None of the Above: What IQ Doesn’t Tell You About Race, Malcolm Gladwell, The New Yorker, December 17, 2007
Indigenous Knowledge: Foundations For First Nations, Marie Battiste, World Indigenous Nations Higher Education Consortium (WINHEC) Journal, 2005.



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