vendredi 10 juillet 2015

Libre d'apprendre BLOG24, Le chef était une femme, Pour les Bateks, l'éducation est liée aux qualités de la direction

Le chef était une femme : Pour les Bateks, l'éducation est liée aux qualités de la direction
Qu'elle est l'ingrédient secret des Bateks pour la paix et la coopération ?

Tanyogn était le genre de personne qui aurait été un atout pour n'importe quelle communauté. Elle était très intelligente et était capable de voir au-delà des apparences, elle était capable de juger si un marchand de l'extérieur était en train d'essayer de les tromper. Elle avait des connaissances de sage-femme, de l'usage de plantes médicinales, des pratiques religieuses et de nombreux autres domaines qui étaient essentiels pour sa culture. Elle avait une personnalité puissante et la capacité de persuader. Elle participait vigoureusement aux discussions de la communauté avec une voix raisonnable que personne ne pouvait ignorer. Elle avait une énergie et une capacité de travail énorme. Quand un travail devait être fait elle était la première à s'y mettre et à encourager les autres à la rejoindre par son exemple.

Peut-être que la plus grande valeur de Tanyogn était son extraordinaire sens de la responsabilité et le soin qu'elle prodiguait aux autres, pas seulement envers les membres de sa famille mais pour tous les membres de la communauté et jusqu'aux étrangers qui venaient en visite. Elle prenait soin des malades et réconfortait les enfants en pleurs, peu importe à qui était l'enfant. Elle et son mari prenaient aussi soin de deux garçons orphelins. Quand les deux jeunes anthropologues, Kirk et Karen Endicott sont allé étudier sa communauté, elle les prit sous son aile et les protégea de leurs propres maladresses. Par exemple, quand elle les vit glisser et avoir des difficultés sur un chemin boueux prêt de leur camp, elle fit des marches avec une pelle dans le chemin, des marches dont aucun natif n'aurait eu besoin mais qui étaient utiles à Kirk et Karen.

Les Bateks de la Malaisie péninsulaire, comme un grand nombre de groupes de chasseurs et de cueilleurs à travers le monde, sont des personnes égalitaires. Elles donnent de la valeur à la liberté personnelle et elles sont rebutées par l'idée qu'une personne devrait avoir l'autorité pour contrôler les activités d'un autre. Elles prennent toutes les décisions qui concernent le groupe en usant du consensus, parfois seulement après des jours et des semaines de discussions et de débats. Ils n'ont pas de chef officiel mais ils ont des guides naturels qui sont des personnes qui par leurs personnalités, leurs connaissances et leurs compétences sont recherchées pour leurs conseils et sont écoutées bien plus attentivement que les autres. Pour les Bateks qui habitaient la vallée haute de la rivière Lebir, Tanyogn était ce genre de guide. En fait, elle était un guide tellement puissant chez les Bateks que même les Malaisiens voisins (qui sont les fermiers prédominant en Malaisie) se référaient à elle comme Penghulu, qui est le terme Malaisien pour chef de tribu.

L'histoire de Tanyogn et des Bateks est merveilleusement bien racontée dans le livre récent de Kirk et Karen Endicott qui s'intitule, Le chef était une femme, L'égalité de genre des Bateks de Malaisie (2008). Le livre est bien plus qu'une simple documentation sur l'égalité de genre dans une société humaine de longue date. Tandis que vous lisez, vous découvrez que le fait remarquable n'est pas que le chef soit une femme mais que le chef était une personne, qu'importe le genre, avec les qualités de Tanyogn. Dans quel genre de société une personne qui n'est pas compétitive, n'est pas intéressé par les status, n'est pas le moindre comportement menaçant mais est simplement serviable devient le chef le plus largement reconnu par les siens ? Le livre parle des conditions sociales qui permettent l'émergence de ce genre de chef.

Les Bateks sont des personnes, que ce soit des hommes ou des femmes, qui résistent à toutes les tentations d'agir d'une manière dominante. Leurs valeurs les plus élevées incluent l'autonomie individuelle, une égalité sociale, la coopération et le partage de toutes les richesses matérielles. Ils aiment jouer mais ils ne jouent jamais de manière compétitive parce que l'idée de battre une autre personne les répugne. Ils élèvent leurs enfants pour qu'ils soient à la fois autodirigés et respectueux des autres par la confiance qu'ils ont en eux pour faire leurs propres choix et en les traitant respectueusement à partir de leurs naissances. De bien des façons les Bateks enfreignent les stéréotypes sur la nature humaine qui ont souvent été décrété par les psychologues.

Et pourtant, pour ceux qui lisent la littérature d'anthropologie, l'histoire des Bateks n'est pas unique. C'est une histoire similaire de bien des manières aux histoires que les autres anthropologues ont décrites à propos des peuples de chasseurs et de cueilleurs. Le livre des Endicotts a un grand nombre de thèmes et de messages identiques qui ont été trouvé par exemple dans The Old Way (2006) de Elizabeth Marshall Thomas à propos des chasseurs-cueilleurs Juhansi du désert Kalahari ou encore du classique The Forest People (1968) de Colin Turnbull à propos des chasseurs-cueilleurs Mbutu de la forêt Ituri du Congo.

Quelle est cette chose qui a permis à ces sociétés de chasseurs-cueilleurs pendant peut-être des centaines de milliers d'années de résister à la tentation du statut, de la domination et de la violence qui dicte le cours de l'histoire pour le reste d'entre nous depuis une dizaine de milliers d'années ? Quel secret ont-ils pour réussir à vivre de manière pacifique et coopérative ? Que pouvons-nous apprendre d'eux qui pourrait nous sauver de nos pires instincts ?

J'ai passé un temps considérable à étudier la littérature des chasseurs-cueilleurs, pas simplement les livres populaires qui les concernent mais aussi les articles de journaux académiques. Mon étude m'a conduit à conclure que le dénominateur commun de toutes ces sociétés est l'existence d'un haut niveau d'esprit de jeu. Toutes ces sociétés, aussi loin que je peux le dire, optimisent la capacité humaine à jouer et à s'amuser d'une manière qui semble délibérément conçu pour combattre les tendances à la domination.

Mais six prochains articles constitueront une série que j'ai intitulé « Le jeu fait de nous des êtres humains ». Les articles concernent des sujets tels que le jeu du gouvernement, le jeu de la religion, le jeu du travail, le jeu de la parentalité et le jeu de l'éducation. Pour chaque sujet j'expliquerais ce que j'ai appris de mes recherches sur les chasseurs-cueilleurs et comment je pense que ces idées sont encore valables dans notre société d'aujourd'hui. Une idée englobante que je vais présenter est que : Une évolution majeure de la fonction du jeu est de combattre la domination et d'encourager la coopération. Pendant des centaines de milliers d'années, les chasseurs et les cueilleurs ont maximisé leur esprit de jeu de manière à leur permettre un haut degré de coopération qui est essentiel à leur survit.

Publié par Peter Gray le 26 Mai 2009, Traduit par Michaël Seyne le 10 Juillet 2015

samedi 4 juillet 2015

Libre d'apprendre BLOG23, Le jeu social et la genèse de la démocratie

Le jeu social et la genèse de la démocratie
Dans le jeu, les enfants apprennent à être adulte

Nous donnons de la valeur à la démocratie. En tant que citoyens, nous voulons que nos enfants grandissent et qu'ils acquièrent et respectent des valeurs démocratiques. Nous savons que la démocratie n'est pas facile. La démocratie implique la liberté, mais elle implique aussi la responsabilité. L'équilibre entre les deux est délicat et demande une sagesse qui ne peut être acquise que par la pratique. Les personnes dans une démocratie sont libres et pourtant elles doivent suivre des règles, coopérer avec les unes avec les autres, respecter les différences parmi les individus et reconnaître que leurs propres besoins et droits n'ont pas plus de valeur que ceux de chaque autre personne. Comment un enfant acquière de telles valeurs et apprend à vivre à partir d'elles ?

Une chose dont on peut-être certain est que l'enfant n'acquière pas de telles valeurs dans les écoles, du moins pas dans les écoles que la plupart des personnes connaissent. Les personnes acquièrent ces valeurs en faisant l'expérience véritable de ces valeurs dans les contextes de la vie réelle et en voyant qu'elles fonctionnent. À l'école, l'enfant apprend la dictature et non pas la démocratie. L'enfant est obligé par la loi d'être à l'école, et alors qu'il s'y trouve il doit suivre des règles dans lesquels il n'a aucune voie au chapitre dans leurs constitutions. Il se doit de mémoriser quelque chose à propos des valeurs démocratique lors de leçons sur le civisme mais il ne fait pas l'expérience de ces valeurs ce qui donne un parfum cynique à la leçon. Ils peuvent, s'ils sont chanceux, faire l'expérience de la compassion de la part d'enseignants aimables, mais il s'agit d'une dictature bienveillante et non pas d'une démocratie.

L'enfant ne peut pas acquérir de valeurs démocratiques par la pratique d'activités dirigées par les adultes de manière autocratique. Toutefois, ils peuvent et font l'expérience de telles valeurs en jouant librement avec d'autres enfants. Il s'agit d'un environnement où ils sont traités comme égaux, où ils peuvent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe et où ils doivent respecter les droits des autres s'ils souhaitent être inclus. Dans des essais précédents j'ai affirmé que le jeu est le moyen de la nature pour soutenir le raisonnement de l'enfant (la valeur du jeu 2) et les aptitudes physiques (la valeur du jeu 4). Maintenant j'affirme que le jeu est aussi le moyen de la nature pour enseigner à l'enfant comment se comporter avec les uns et les autres de manière démocratique.

Comme je l'ai montré dans mon essai sur la définition du jeu (la valeur du jeu 1), le jeu n'est pas une activité aléatoire. Elle a toujours une structure et cette structure peut être spécifiée en terme de règles. Même les jeux les plus informels sont structurés par des règles. Par exemple, les jeux de combat et de bousculade respectent un certain nombre de règles concernant les coups qui sont autorisés. Une règle majeure de ce genre de jeu est que vous ne blessez pas réellement l'autre personne. Le jeune enfant qui joue à faire semblant établi un certain nombre de règles élaborées qui spécifient quel rôle chaque personne joue, comment elles le joue et quels accessoires il est possible d'utiliser ou pas. Les chercheurs qui ont étudiés de tels jeux ont noté que cela prend plus de temps d'élaborer et négocier les règles que de jouer au jeu en lui-même. Les jeux formels tels que le football ont des règles officielles mais en choisissant ces jeux, les joueurs peuvent toujours modifier les règles pour s'adapter à leurs besoins et leurs désirs uniques. Par exemple, « Si le ballon va dans le jardin du voisin, on perd un point. » qui spécifie la façon dont ont joue pourrait se définir comme les règles du jeu.

Mais avant tout les règles du jeu se construisent sur des règles encore plus élevées qui s'appliquent à tous les jeux sociaux. Ce sont les règles qui rendent le jeu social possible. Ce sont les règles qui définissent comment jouer avec les autres. Pour les distinguer des règles du jeu, je vais les appeler les méta-règles du jeu social. Ces règles sont aussi dans leur essence, les principes de la démocratie. En bref, les voici présenté du mieux que je le peux pour le moment :

1. Tous les joueurs doivent avoir leur mot à dire dans le choix, la fabrication et le changement des règles du jeu. Toutes les décisions et les règles sont réalisées par ceux qui sont affectés par ces décisions et règles.

2. Tant que les règles du jeu ou les droits des autres personnes sont respectés, chacun dans le jeu doit avoir la possibilité de jouer à sa propre façon pour exprimer sa propre individualité. Pour respecter les droits individuels, chaque personne à la possibilité de choisir sa propre route vers le bonheur en restant dans les limites des règles qui ont été définis.

3. Tous les joueurs doivent être traités respectueusement comme un égal à tous les autres. Il s'agit du principe d'égalité, ce qui veut dire que chaque personne est considérée comme ayant une valeur égale, peu importe les différences entre les capacités et les intérêts.

Ces règles ne sont pas en place dans le jeu social parce que quelqu'un les prêche comme des principes moraux mais parce qu'elles sont nécessaires à la pratique du jeu. Si quelqu'un viole ces règles, ou s'il les viole dans un but ostensiblement nuisible, le jeu s'effondre. Laissez-moi expliquer cela. Le jeu par définition est optionnel. C'est quelque chose que les personnes choisissent de faire et non pas quelque chose qu'ils se doivent de faire. La liberté la plus fondamentale dans n'importe qu'elle forme de jeu est la liberté d'arrêter. Tout le monde reconnaît implicitement cela. Si quelqu'un est forcé de rester dans le jeu alors cette personne n'est pas un joueur mais une victime. Cette liberté de sortir du jeu est la force conductrice qui rend le jeu social nécessairement démocratique.

Dans le jeu, comme dans le reste de la vie, il y a toujours quelques personnes qui souhaitent dicter les règles. Imaginons que Caroline se comporte comme un petit chef dans un jeu de rôles qui imite la vie à la maison, elle dit à Marc et à Julie quels rôles ils doivent jouer, quels accessoires ils doivent utiliser et comment ils doivent se comporter dans leur jeu de rôles. Même si Marc et Julie sont plus petits que Caroline ils ont peut être leur propre idée de la façon dont ils souhaitent jouer. Si Caroline est têtue et insiste pour que tout se passe comme elle le souhaite, Marc et Julie s'arrêteront de jouer. Ils partiront et feront autre chose. Caroline se retrouvent seule à alors apprit une leçon de grande valeur. La prochaine fois elle ne pas trop autoritaire, elle fera des suggestions et sera prête à faire des compromis.

De la même façon, Benoît, une petite brute qui insiste de faire tous les tirs au but dans son équipe de football en argumentant (en supposant que c'est vrai) qu'il est le meilleur tireur au but. Mais trois autres joueurs de son équipe veulent aussi tirer au but. Ils désirs tellement cela qu'ils sont même prêts à partir si on ne leur en donne pas la chance. Si Benoît n'accepte pas il pourrait perdre des membres de son équipe et le jeu serait terminé. Même les joueurs qui n'ont pas de comportement très sophistiqué comprennent tout cela de manière implicite. Personne n'a besoin de menacer d'arrêter le jeu, tout le monde sait que pour continuer à jouer le jeu vous devez garder tout le monde heureux. C'est pourquoi tout le monde à son mot à dire dans les règles et toutes les autres décisions. C'est aussi pourquoi tout le monde doit être traité avec respect et égalité. L'équité du jeu, comme l'équité de toute démocratie n'est pas une égalité de similitude. Il s'agit plutôt d'une égalité qui vient du respect égal des différents besoins et désirs de personnes différentes.

Remarquez que dans le jeu de football, le but de faire en sorte que le jeu se déroule en gardant les membres de l'équipe heureux passe avant le but de gagner. Les joueurs peuvent dire que leur but est de gagner et en effet, les joueurs peuvent montrer leur joie à chaque fois que leur équipe marque un but ou gagne un point mais si vous regardez attentivement vous verrez que le véritable but n'est pas la victoire. Le vrai but est de bien jouer, de s'amuser et de faire en sorte que le jeu se déroule de façon à ce que tout le monde soit heureux. Vous n'utilisez pas toujours votre meilleur tireur au but si d'autres veulent tirer à leur tour. Vous tirez doucement pour le petit Nicolas parce que vous savez qu'il n'aurait aucune chance de l'attraper et que en tirant trop fort l'aspect amusant du jeu disparaîtrait. Par contre vous tirez de toutes vos forces face à Henri qui gardien de but très expérimenté parce qu'un petit tir serait pour lui une humiliation. Dans le vrai jeu, contrairement aux fédérations sportives organisées ou d'autres activités dirigées par des adultes, chaque joueur doit faire attention à la psychologie de tous les joueurs et jouer d'une façon qui plaît à tous. C'est le moyen de garder le jeu vivant et amusant.

Je ne souhaite pas sur-idéaliser l'enfant. Tous les enfants n'apprennent pas facilement les leçons de la démocratie par le jeu. Et tous les jeux ne sont pas entièrement démocratiques. L'agressivité persiste, et les rôles de bouc émissaire tout autant. Mais le jeu social, plus que dans quelconque force que nous connaissons, aide les personnes à surmonter leur agressivité et aide les victimes à s'affirmer.

Il est triste aujourd'hui que les enfants aient de moins en moins de vraies opportunités de jeux sociaux non supervisés par les adultes que nous en avions lorsque nous étions enfant. Non seulement cela participe à la croissance des épidémies d'obésité et de dépression chez l'enfance mais aussi, j'en ai peur rend toujours plus difficile pour l'enfant de grandir avec un véritable goût pour les valeurs démocratiques. Dans le jeu nous apprenons à négocier nos besoins en à nous traiter les uns les autres en tant qu'égaux. Dans le jeu, peu importe l'âge que nous ayons, nous apprenons ce qu'est être adulte et qu'il n'y a pas d'autorité plus haute vers laquelle se tourner pour résoudre nos problèmes. Et cela est vraiment la leçon la plus difficile de la démocratie.

Publié par Peter Gray le 04 Mars 2009 et traduit par Michaël le 4 Juillet 2015

mardi 30 juin 2015

Libre d'apprendre BLOG22, Les erreurs de Rousseau : Elles persistent dans les théories éducatives actuelles.

Les erreurs de Rousseau : Elles persistent dans les théories éducatives actuelles.
Pauvre Émile !

Jean-Jacques Rousseau est connu pour sa théorie de l'éducation « naturelle ». Il est souvent cité dans des textes sur l'éducation comme étant l'initiateur des moyens d'éducation naturelle centré sur l'enfant. Ceux d'entre vous qui ont été des lecteurs réguliers de mon blog savent que j'écris moi-même sur les moyens naturels d'éducation de l'enfant. Alors vous pourriez conclure que je suis inspiré par Rousseau. Et bien, je suis inspiré oui pour vous montrer à quel point il se trompe.

Le seul travail de Rousseau sur la théorie éducative est son livre Émile, publié pour la première fois en 1760 qui décrit l'éducation d'un garçon fictionnel dont le nom donne son titre au livre. Le livre est à moitié un roman et à moitié un traité philosophique sur la bonté naturelle des êtres humains et comment préserver cette bonté par une éducation qui ne la corrompt pas.

Pauvre Émile ! Dans le travail de Rousseau, il est soumis à la forme la plus extrême que l'on puisse imaginer de ce qu'aujourd'hui nous pourrions appeler l'approche centrée sur l'enfant ou encore l'éducation nouvelle. Émile a passé les 25 premières années de sa vie en compagnie de son tuteur, auquel il se réfère comme étant son maître et que Rousseau représente à la première personne. Le maître est extraordinairement intelligent, talentueux et est un homme dévoué à étudier continuellement Émile en essayant de connaître chacune de ses motivations et désirs et en utilisant cette connaissance pour fournir au garçon les meilleures expériences qui semblent nécessaires pour transmettre les leçons qui sont considérés comme appropriés par le maître. Le rapport entre enseignant et enseigné est d'un pour un.

Le maître contrôle le garçon en permanence, non pas à travers des ordres mais par ce que deux siècles plus tard les psychologues du comportement ont appelé « le conditionnement du comportement ». Il manipule l'environnement d'Émile d'une telle manière que le garçon choisit toujours de faire exactement ce que le maître pense être bon pour lui. De manière à ce que cela soit possible, Émile doit être isolé ses 15 premières années de toutes forces sociales, ce qui inclut les autres enfants. Le maître est son seul compagnon. Le garçon doit aussi être isolé de toute la littérature à l'exception de celle choisi par le maître. En effet, Rousseau considère qu'Émile ne devrait lire qu'un seul livre avant l'âge de ses 15 ans, Robinson Crusoé. Selon Rousseau, ce livre seul suffit à fournir la bonne histoire pour motiver les pensées, les jeux et les fantaisies du garçon dans une direction saine.

Émile joue et explore (seulement par lui-même apparemment), et il croit agir librement mais en fait joue et explore avec seulement les matériaux, les moyens d'apprentissage et les leçons que le maître a choisies pour lui. Loin de faire confiance dans les penchants naturels de l'enfant, la vision de Rousseau est celle où chaque décision de l'enfant, chaque leçon apprise est astucieusement contrôlée par le maître brillant, qui consacre volontiers son savoir, son temps complet de la quasi-totalité de sa vie adulte à l'éducation d'un seul garçon.

Il est tentant de penser que Rousseau a écrit ce livre comme une blague. J'aurais aimé croire qu'il s'agissait d'un Rousseau farceur qui montrait caricaturait le ridicule des autres théoriciens de l'éducation en exagérant volontairement leurs idées. Mais il semble que ce ne soit pas le cas, il faisait référence à Émile comme étant son travail philosophique le plus important et le plus sérieux. Il reconnaissait bien sûr l'impraticabilité du plan éducatif qu'il proposait mais il pensait que si un tel programme était appliqué il serait l'idéal. Les milliers de professeurs de l'éducation qui se sont référé à ce livre ne l'ont pas non plus considéré comme une blague. Qu'ils soient d'accord ou en désaccord avec celui-ci, ils l'ont traité sérieusement comme étant à la fondation des théories de l'éducation progressive et centrée sur l'enfant.

Les lecteurs réguliers de ce blog savent que ma propre vue sur l'éducation a été formé en partie par mes observations de l'école sudbury valley et en partie par mes études sur la façon dont les enfants dans les groupes de chasseurs-cueilleurs se sont éduqué. Vous pouvez trouver mes textes sur ces sujets sur ce blog. Bien que je sois d'accord avec Rousseau sur le fait que le jeu et l'exploration sont les clés de l'apprentissage, je suis en désaccord avec lui sur pratiquement tout le reste.

Laissez-moi faire ici une liste de ce que je vois comme étant les principales erreurs de la théorie éducative de Rousseau. Ces erreurs sont importantes, non pas dans la critique de Rousseau lui-même, mais de la direction encore bien vivante aujourd'hui que prend une partie des théories de l'éducation.

1. L'erreur de la vulnérabilité de l'enfant : L'idée que l'enfant doit être protégé de l'apprentissage des mauvaises choses.

Tout le long du livre, Rousseau est davantage soucieux de protéger Émile d'apprendre les mauvaises leçons qu'il ne l'est par son enseignement des bonnes leçons. Ce souci commence dès la première ligne du livre : « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses (Dieu), tout dégénère entre les mains de l’homme. ». Pour Rousseau, la nature est bonne et la société est mauvaise, il en conclut donc que si Émile doit se développer jusqu'à devenir une bonne personne il doit être exposé à la nature et complètement isolé de la société, du moins le temps qu'il devienne adulte et qu'il acquière la force de caractère pour résister aux maux de la société.

Aujourd'hui nous entendons les mêmes idées s'exprimer de manière différente par ceux qui souhaitent contrôler ce que la télé doit montrer et ce que les enfants doivent regarder, les jeux auxquels ils doivent ou ne doivent pas jouer, les idées qu'ils doivent entendre et ce qu'ils doivent associer avec chaque idée. Nous protégeons les enfants de toute forme d'interaction avec les autres qui pourraient, pensons-nous, avoir des influences corruptrices.

Mon point de vue (cohérent avec la philosophie et les pratiques de l'école Sudbury Valley) est que les êtres humains ne sont fondamentalement ni bons ni mauvais, pas plus qu'un jeune enfant est nécessairement plus innocent ou pur que ne l'est un enfant plus âgé ou un adulte. Nous sommes par contre tous fondamentalement des êtres sociaux et priver un enfant d'une grande variété d'interactions sociales c'est le priver de ce qui est le plus essentiel au développement normal d'un être humain. L'enfant ne fait pas qu'imiter aveuglément ce qu'il voit chez les autres. Ils pensent à ce qu'il voit. Les enfants font attention non pas seulement aux actions des autres, mais aussi aux conséquences de ces actions. Plus les enfants peuvent explorer les réalités du monde, plus ils deviennent compétents pour faire face à ces réalités. Pour décider ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ils doivent pouvoir avoir un large échantillon de modèles qui se comportent différemment les uns des autres. Pour pouvoir former des opinions utiles, ils doivent entendre divers côtés et décider par eux-même où se trouvent les contradictions. Pour se préparer au monde réel, l'enfant a besoin de grandir dans ce monde, de faire l'expérience aussi bien de ses verrues que de ses roses.

Là où la société est corrompue, la meilleure chose que les adultes peuvent faire pour le bien-être à long terme de l'enfant est de s'en prendre directement à la source de la corruption, non pas la leur cacher. Dans une démocratie, nous luttons continuellement à améliorer la société par des moyens dans lesquels chaque personne a une voix égale. Par ces moyens nous luttons pour créer des règles et des procédures qui sont conçues pour réduire les conflits entre les intérêts de chaque personne individuellement et les intérêts du groupe collectivement, et de cette façon nous luttons pour réduire la corruption. L'école de Sudbury Valley est basé sur une communauté démocratique dans laquelle chaque enfant à partir de l'âge de quatre ans jusqu'à l'adolescence fait l'expérience directe des droits et des responsabilités accordées par la démocratie.

2. L'erreur de étapes du développement : L'idée que l'enfant peut apprendre seulement certaines choses à certains âges.

Rousseau divise son traité en plusieurs « livres », qui correspondent avec ce qu'il voit comme étant étapes du développement séparé les unes des autres. Chaque étape représente une métamorphose d'une façon ou d'une autre. Ce qui est remarquable c'est que Rousseau exprime avec certitude l'opinion qu'un enfant est incapable de raisonner de manière logique avant qu'il ait l'âge de 12 ans et cette même vue est avancée de manière remarquable deux siècles plus tard par le fameux psychologue du développement Jean Piaget. Selon Rousseau, il n'y aurait aucun sens à essayer de raisonner avec un jeune enfant puisque l'enfant n'a pas la capacité à la raison. L'enfant peut apprendre les aptitudes physiques et peut apprendre par l'expérience des conséquences directes de ses actions, mais ne peut pas apprendre quoi que ce soit d'utile par les moyens du langage symbolique.

Cette hypothèse, qui est contredite par l'expérience de chaque enfant et par chaque personne qui a été un enfant, fournit la raison même de l'échec à écouter sérieusement ce que l'enfant a à dire jusqu'à aujourd'hui. Cette hypothèse est démontrée comme étant fausse par les personnes qui se souviennent des pensées et des raisonnements de leurs propres enfances. Bien sûr les procédures de l'école démocratique sudbury valley ont été utilisées avec succès pendant 40 ans en étant fondé sur l'hypothèse que l'enfant peut raisonner.

3. L'erreur de l'enfant seul dans la nature : L'idée que l'enfant apprend principalement ou entièrement en agissant avec les objets naturels de leur environnement.

La déduction logique qui suit l'idée que l'enfant de moins de douze ans ne peut pas raisonner est qu'ils ne peuvent rien apprendre ou en tout cas rien de bien important par les moyens verbaux. Ils apprennent à la place, à partir de leurs expériences sensorielles directes et par la manipulation d'objets du monde physique. Rousseau a déclaré qu'il croyait cela, ainsi que Piaget. Mais l'expérience quotidienne prouve clairement que cette vue est fausse. Quand l'enfant veut savoir quelque chose, leur chemin le plus fréquent pour trouver la réponse est de demander à quelqu'un qui pourrait le savoir. Leurs réactions montrent que très souvent ils comprennent ce qu'ils entendent. Ils posent les questions qui sont appropriées et font des objections raisonnables (parfois d'un raisonnable énervant) à ce qu'ils entendent et se comportent par la suite d'une façon qui montre qu'ils ont compris. Les enfants apprennent aussi par des moyens non sociaux, par l'expérience directe avec les objets de leur environnement, et c'est important de le noter, mais ils apprennent davantage par l'usage du langage car en effet, chez les êtres humains, d'autres personnes qui peuvent parler et comprendre ont toujours été un ingrédient essentiel à la nature de l'environnement. Penser que les jeunes enfants ne peuvent pas apprendre à partir de l'aspect social de leur environnement naturel est absurde.

4. L'erreur de la contrôlabilité : L'idée qu'il est possible de connaître tellement bien un enfant que l'on peut être capable de contrôler par des moyens subtils ce que l'enfant apprend.

L'erreur la plus sérieuse de Rousseau est l'idée que les comportements humains sont suffisamment prévisible et contrôlable pour qu'un enseignant puisse guider l'étudiant dans la direction qu'il souhaite comme l'a fait le maître avec Émile. Rousseau a au moins accepté d'admettre qu'un tel enseignant aurait à être un superhéros, une personne avec des pouvoirs d'observation et de raisonnement extraordinaire, qui consacrerait la plus grande partie de sa vie à l'éducation d'un seul enfant. Certaines philosophies de l'éducation semblent attendre la même chose des vrais enseignants, qui ont des vies réelles à côté et qui ont bien plus qu'un seul élève à s'occuper.

Le débat courant entre les traditionalistes et les progressistes dans l'éducation concerne principalement les moyens de contrôle. Des deux côtés ils sont d'accord pour dire que le travail de l'éducateur est de s'assurer que l'enfant apprend un programme particulier, mais ils divergent sur les moyens à prendre pour atteindre cet objectif. Les traditionalistes croient en l'approche directe, vous dites aux étudiants ce qu'ils doivent apprendre et vous utilisez une méthode directe et des moyens de pouvoirs ouvertement autoritaires, avec un grand nombre d'exercices pour essayer de leur faire apprendre, vous les testez et évaluez sur ces savoirs et ensuite recommencez tout le processus une nouvelle fois s'ils n'ont pas appris la première fois. Les progressistes croient dans l'approche indirecte, vous savez ce que l'enfant doit apprendre et vous avez l'impression qu'il s'agit de votre responsabilité de leur faire apprendre, mais à un degré ou il est possible de le faire par des moyens qui n'impliquent pas un pouvoir autoritaire trop visible. Vous essayez de le faire en utilisant les moyens d'activités qui font appel à l'apprentissage naturel de l'enfant, ce qui inclut le jeu et l'exploration et cela en guidant ces activités de manière subtile pour que l'enfant puisse « découvrir » de lui-même les bonnes réponses et pas les mauvaises. Cela est bien sûr la méthode de Rousseau. Dans ce débat il est pour moi difficile de préférer l'un ou l'autre, je ne suis d'accord avec aucun.

L'erreur fondamentale de Rousseau et de pratiquement tous les éducateurs modernes est la croyance que le secret de l'éducation réside en les capacités de l'enseignant. Ce n'est pas le cas, il réside en les capacités de l'enfant. Les enfants s'éduquent par eux-mêmes. La grande compréhension des fondateurs de l'école Sudbury Valley est une compréhension qui existe depuis des millénaires par les chasseurs-cueilleurs, il s'agit qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un programme. Vous n'avez pas besoin de prendre la responsabilité de l'apprentissage de l'enfant. Vous n'avez pas besoin d'utiliser un pouvoir autoritaire ou stratégique pour faire apprendre l'enfant. Tout ce que vous avez à faire est de fournir un environnement dans lequel :

a) L'enfant peut explorer, jouer, socialiser selon le contenu de leur coeur.
b) L'enfant est libéré des formes d'agressivité et d'autre formes d'intimidation.
c) L'enfant peut interagir librement avec d'autres personnes d'âges différents.
d) L'enfant a accès à l'apprentissage des outils valorisés par la culture.
e) L'enfant peut faire suffisamment l'expérience directe de la culture dans laquelle il grandit afin de lui permettre de savoir ce qu'il a besoin de savoir pour se débrouiller au sein de cette culture.

Contrairement à la fantaisie de Rousseau, l'école de Sudbury Valley n'est pas une chimère. Elle a fonctionné avec succès pendant près de 40 ans à un coût par étudiant bien inférieur aux écoles publiques locales et avec beaucoup moins de conflits et plus de joie pour tous ceux qui y sont impliqués. Elle a des centaines de diplômés réussissant dans tous les chemins de la vie. Il est vraiment temps que les éducateurs du monde commencent à y jeter sérieusement un coup d'oeil.

Publié par Peter Gray le 12 Février 2009 et traduit par Michaël le 30 Juin 2015

jeudi 4 juin 2015

LIVRE00, Peter Gray, Libre d'apprendre, Prologue

Libre d'apprendre

Pourquoi libérer les instincts pour le jeu rendra nos enfants plus heureux, plus autonomes et de meilleurs étudiants de la vie

Peter Gray
Prologue

  • Ce livre est consacré à la nature humaine de l'éducation.
  • Les enfants viennent au monde avec des instincts ludiques, un curiosité innée et une pulsion énorme pour explorer et absorber leur environnement.
  • Ils sont programmés génétiquement avec d'extraordinaires capacités d'apprentissage, autant physiquement (marcher, courir, sauter) qu'intellectuellement (communication).
  • Ils apprennent leur langue maternelle et leur culture spontanément sans aucune instruction pour pouvoir s'affirmer en son sein.
  • Cette curiosité et capacité d'apprentissage naturelle s'éteint chez l'enfant à cause d'une scolarisation coercitive qui lui est imposé.
  • La scolarisation crée une amalgame entre l'éducation et le travail dans l'esprit.
  • Grâce à l'étude de travaux de psychologie et d'anthropologie, ce livre observe :
  • Comment les enfants sont éduqués naturellement en dehors du système de scolarisation.
  • La façon dont la curiosité et l'esprit de jeu chez l'enfant supporte son apprentissage.
  • En quoi les enfants de notre culture sont proche des enfants chasseurs-cueilleurs.
  • Comment créer des environnements qui maximise l'auto-apprentissage de l'enfant.


« Allez au diable ! »

Les mots me frappèrent profondément. J'avais déjà eu l'occasion de me faire insulter avant, mais jamais aussi sérieusement. Comme par exemple avec un collègue frustré par mon obstination à refuser de reconnaître une vérité indéniable ou encore avec un ami qui réagit à une chose idiote que je peux dire. Mais dans ce cas précis « Allez au diable ! » était juste un moyen de se libérer de la tension et de terminer une dispute qui ne menait nulle part.

Cette fois c'était sérieux. Cette fois, je sentis que j'allais vraiment aller en enfer. Non pas dans ce lieu mythologique appelé l'enfer où il y a des flammes de tous les côtés et dont je ne crois pas à l'existence. Mais dans cet enfer qui peut accompagner la vie dans ce monde quand vous êtes écrasé par la croyance d'avoir trahi quelqu'un que vous aimez, qui a besoin de vous et qui dépend de vous.

Les mots ont été prononcé par mon fils de neuf ans, Scott, dans le bureau du directeur de l'école élémentaire publique. Ils n'étaient pas seulement adressés à moi mais aux sept adultes grands et malins qui étaient alignés face à lui. Le directeur, deux de ses enseignants de classe, le conseiller de vie scolaire, une psychologue de l'enfance travaillant pour le système éducatif, sa mère (mon ex-femme) et moi-même.

Nous étions présent, unis face à lui, pour dire à Scott dans des termes très clairs qu'il devait être présent à l'école et y faire tout ce que ses enseignants lui demandaient de faire. Nous avons tous déclaré sévèrement notre part et Scott en nous regardant directement à nous tous, il nous a dit ces mots qui me stoppèrent net sur ma lancée. Je commençais immédiatement à pleurer. Je savais qu'à ce moment précis je devais être du côté de Scott et non contre lui. Je regardais à travers mes larmes ma femme, et je vis qu'elle aussi était en train de pleurer, et à travers ses larmes je vis qu'elle pensait et sentait exactement comme moi.

Nous savions tous les deux alors que nous devions faire ce que Scott souhaitait que nous fassions depuis longtemps, le retirer non seulement de cette école mais aussi de tout ce qui ressemble de près ou de loin à cette école. Pour lui, l'école était une prison et il n'avait rien fait qui ne mérite de l'emprisonnement. La rencontre dans le bureau du directeur fut le point culminant d'années de rencontres et de réunions à l'école durant lesquelles ma femme et moi entendions les derniers récits du mauvais comportement de notre fils. Ses comportements étaient particulièrement perturbants pour le personnel de l'école parce qu'il ne s'agissait pas des polissonneries habituelles que les enseignants s'attendent de la part de garçons exubérants confinés contre leur gré.

Il s'agissait plus d'une forme de rébellion planifiée. Il se comportait délibérément et systématiquement d'une manière contraire aux directions des enseignants. Quand l'enseignant chargeait les élèves de résoudre des problèmes de calculs d'une certaine manière, il inventait une manière différente de les résoudre.Quand il en arrivait à apprendre la ponctuation et les majuscules, il écrivait comme le poète e. e. cummings, en mettant des majuscules et des ponctuations partout où il voulait ou alors n'en utilisait aucune. Quand une tâche semblait n'avoir aucun sens pour lui, il le disait et refusait de la réaliser. Parfois, et cela devenait de plus en plus fréquent, il quittait la salle de classe sans permission et s'il n'était pas maintenu de force, rentrait à la maison.

Nous avons finalement trouvé une école qui fonctionnait pour Scott. Une école qui est loin d'être « l'école » que vous pouvez imaginer. Un peu plus tard je vous en dirai un peu plus à son propos ainsi que le mouvement éducatif international qui en a été inspiré. Mais ce livre n'est pas consacré à une certaine forme d'école. Il est consacré à la nature humaine de l'éducation.

Les enfants viennent au monde avec un désir ardent d'apprendre et ils sont génétiquement programmés avec d'extraordinaires capacités d'apprentissage. Ils sont de véritables petites machines à apprendre. Durant leurs quatre premières années environ, ils absorbent une quantité abyssale d'informations et de compétences sans aucune instruction. Ils apprennent à marcher, à courir, à sauter et à escalader. Ils apprennent à comprendre et à parler la langue de leur culture dans laquelle ils sont nés et avec ce lequel ils apprennent à s'affirmer en discutant, en s'amusant, en s'ennuyant, en se liant d'amitié et en posant des questions.

Ils acquièrent d'une quantité incroyable de connaissances à propos du monde physique et social qui les entoure. Cette exploration est motivé par leurs instincts et leurs pulsions innées, leur esprit ludique et leur curiosité naturelle. La nature n'éteint pas ce désir et cette capacité énorme à apprendre quand l'enfant à l'âge de cinq ou six ans. C'est nous-même qui l'éteignons avec notre système de scolarisation coercitif. La plus grande et persistante leçon de l'école est que l'apprentissage est du travail et qu'il doit donc être évité quand cela est possible.

Les mots de mon fils dans le bureau du directeur ont changé la direction de ma vie professionnelle ainsi que de ma vie personnelle. Je suis et j'étais à cette époque, un professeur en psychobiologie, un chercheur intéressé par les fondations biologiques des pulsions et émotions des mammifères. J'ai étudié le rôle de certaines hormones qui modélisé la peur chez des rats et des souris, et je venais de commencer récemment à regarder dans les mécanismes dans le cerveau des rats du mécanisme du comportement maternel.

Ce jour, dans le bureau du directeur, déclencha une série d'évènements qui changèrent progressivement le centre de mes recherches. Je commençais à étudier l'éducation à partir d'un point de vue biologique. En premier lieu, mes études étaient motivées principalement par soucis pour mon fils. Je voulais être sûr que nous ne faisions pas d'erreur en lui permettant de suivre son propre chemin éducatif plutôt qu'un chemin dicté par des professionnels. Mais progressivement, en même temps que je fus convaincu que l'éducation autodirigée de Scott se déroulait à merveille, mon intérêt tourna vers l'enfant en général et les causes biologiques de l'éducation humaine.

Qu'est-ce qui permet à notre espèce d'être un animal culturel ? En d'autres mots, quels aspects de la nature humaine permettent à chaque génération d'êtres humains, où qu'il se trouve, d'acquérir et de construire des compétences, des connaissances, des croyances, des théories et des valeurs à partir de la génération précédente ? Cette question m'a amené à examiner l'éducation dans des environnements extérieurs au système de scolarisation standardisé comme par exemple à la (non) école remarquable où mon fils à été présent.

Plus tard, j'ai observé le mouvement croissant de déscolarisation dans le monde entier (unschooling movement) pour comprendre comment les enfants de ces familles étaient éduqués. J'ai lu des travaux d'anthropologie et rencontré des anthropologues pour apprendre tout ce que je pouvais sur la vie et l'apprentissage des enfants dans les cultures de chasseurs-cueilleurs. J'ai étudié la totalité des travaux de recherche en psychologie et anthropologie sur le jeu des enfants et avec mes étudiants, j'ai dirigé de nouvelles recherches dans le but d'avoir une plus grande compréhension de la façon dont l'enfant apprend par le jeu. De tels travaux m'ont mené à comprendre comment les fortes pulsions des enfants pour jouer et explorer servent en réalité les fonctions de l'éducation, non pas seulement dans des cultures de chasseurs-cueilleurs mais aussi dans notre culture. Cela m'a amené à des compréhensions concernant les conditions environnementales qui optimisent les capacités des enfants à s'éduquer par eux-même à travers leurs propres moyens ludiques.


Tout cela m'a conduit à voir, si nous en avions la volonté, comment nous pourrions libérer les enfants d'une scolarisation coercitive et le fournir des centres de ressources pour l'apprentissage qui maximiseraient leurs habiletés à s'éduquer par eux-même sans les dépriver de leurs droits à une enfance joyeuse. Tous ces sujets sont contenus dans ce livre.