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mardi 17 novembre 2015

Libre d'apprendre BLOG30, Le jeu nous rend humain 6, la parentalité ludique des chasseurs-cueilleurs

Le jeu nous rend humain 6, la parentalité ludique des chasseurs-cueilleurs
Une parentalité ludique est basée sur la confiance.


N'avez vous jamais remarqué que nous, en tant que société, utilisons des métaphores agricoles pour parler de la parentalité et de l'éducation ? Nous parlons d'élever les enfants de la même façon que nous parlons d'élevage de poulets ou de croissance des tomates. Nous parlons d’entraîner nos enfants, comme nous parlons d’entraîner des chevaux. Notre façon de parler et de penser la parentalité suggère que nous possédons nos enfants de la même façon que nous pourrions posséder des plantes et du bétail et que nous sommes responsables de la façon dont ils grandissent et se comportent. Nous entraînons les chevaux à réaliser des tâches que nous voulons voir faire et nous entraînons (du moins, nous essayons d'entraîner) nos enfants à réaliser des tâches dont nous pensons qu'elles seront nécessaires pour leur succès futur. Que le cheval ou l'enfant le veuille d'un tel entraînement, nous le faisons quand même. L’entraînement demande la suppression de la volonté et de l'esprit de jeu de celui qui est entraîné. L'approche agricole de la parentalité n'est donc pas une approche ludique.


Les concepts de notre société concernant l'élevage et l’entraînement des enfants supposent une relation de dominant et de subordonné entre le parent et l'enfant. Le parent, l'enseignant ou un quelconque autre substitut parental a la charge et la responsabilité envers les actions de l'enfant. Le principal devoir de l'enfant est, du moins en théorie, d'obéir. Cette approche à la parentalité semble si naturelle pour nous qu'il semble difficile d'imaginer une alternative. Et pourtant, dans le contexte de notre longue histoire en tant qu'espèce, cette approche est nouvelle, elle arriva avec l'agriculture il y a environ 10.000 ans. Avant cela, nous étions tous chasseurs-cueilleurs et nous n'avions pas de métaphores agricoles pour guider nos pratiques parentales.


Dans cette série d'essais sur "le jeu nous rend humains", j'ai décrit les valeurs sociales et les pratiques des sociétés des chasseurs-cueilleurs en bandes. Ma thèse est que l'extension de la pulsion du jeu des primates chez nos espèces a permit à nos ancêtres d'adopter un style de vie bien plus social et coopératif que ceux d'autres primates (voir article). Il semble que les chasseurs-cueilleurs utilisaient le jeu et l'humour plus ou moins délibérément pour contenir les tendances dominatrices et encourager les sentiments de liberté personnelle et d'égalité qui étaient essentiels pour leurs moyens d'existence. Dans des essais précédents, j'ai parlé de l'approche ludique des chasseurs-cueilleurs pour :
(a) gouverner;
(b) la religion;
et (c) le travail productif.
Maintenant dans cet essai je vais décrire leur approche ludique de la parentalité. [1]


Avant cela et pour vous donner un aperçu de la philosophie des chasseurs-cueilleurs sur la parentalité, voici quelques extraits d’anthropologues ou d'autres personnes ayant vécu parmi des sociétés de chasseurs-cueilleurs et qui ont eu l'opportunité de les observer de près.


  • "Les chasseurs-cueilleurs ne donnent pas d'ordre à leurs enfants, par exemple, aucun adulte annonce leur d'aller se coucher. La nuit, les enfants reste près des adultes jusqu'à ce qu'ils se sentent fatigués et qu'ils s'endorment. [...] Les adultes Parakana n'interfèrent pas avec la vie des enfants. Ils ne les frappent, ne les grondent, ni ne se comportent agressivement envers eux, que ce soit physiquement ou verbalement. Et ils ne leur font pas non plus d'éloges ou d'encouragements pour contrôler leur développement." (Yumi Gosso "Le jeu dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs" dans "La nature de jeu, les grands singes et les humains" 2005, p 218)


  • "L'idée qu'il s'agisse de "mon enfant" ou de "votre enfant" n'existe pas (chez les Yequana du sud de l’Afrique). Décider de ce qu'une autre personne devrait faire, peu importe son age est en dehors du vocabulaire des comportements Yequana. Il y a un grand intérêt dans ce que chacun fait mais il n'y a pas d'impulsion (et encore moins de coercition) pour influencer quelqu'un. La volonté de l'enfant est sa propre force motivante." (Jean Liedloff, "Le concept de continuum" 1977, p90)
  • "Les enfants aborigènes sont laissé libre à un degré extrême et parfois ils continuent à téter jusqu'à l'âge de quatre à cinq ans. La punition physique pour un enfant est quasiment du jamais vu." (Richard A. Gould, Yiwara: Foragers of the Australian Desert, 1969, p90)


  • "Les bébés et les jeunes enfants (chez les chasseurs-cueilleurs inuits de la région d'Hudson Bay) ont la permission d'explorer leur environnement jusqu'au limites de leurs capacités physiques et avec une interférence minimum des adultes. Par conséquent, si un enfant s'approche d'un objet dangereux, les parents le laisse généralement explorer les dangers par lui-même. Ils considèrent que l'enfant sait ce qu'il fait." (Lee Guemple, "Enseignement des relations sociales chez les enfants inuits", dans "Chasseurs et Cueilleurs 2", 1988, p137)


  • "Les enfants Jul'hoansi d'Afrique pleurent très rarement, probablement parce qu'ils n'ont pas grand-chose qui les fasse pleurer. Aucun enfant ne se fait taper ou crier dessus. Aucune punition physique ou verbale. Ils n'ont jamais entendu de mot décourageant avant d'arriver à leur adolescence, et même là, s'il y a une réprimande, elle se fait toujours avec une voix calme." (Elizabeth Marshall Thomas, "The Old way", 2006, 198)


Vous pourriez penser qu'une telle indulgence conduit les enfants à être trop gâtés et insatiables qui les conduiraient à devenir par la suite des adultes trop gâtés et insatiables. Mais selon les anthropologues qui ont vécu parmi eux, rien ne serait plus éloigné de la vérité. Voici ce que dit Thomas (Old Way, p 198-199) à ce sujet: "Nous entendons souvent dire que les enfants qui seraient traité avec gentillesse seraient alors trop gâté, mais la raison est que ceux qui sont attachés à cette opinion n'ont aucune idée à quel point ce comportement à leur égard entraîne leur succès. Libéré de la frustration et de l'anxiété, joyeux et coopératifs, l'enfant est un rêve pour les parents. Aucune autre culture n'a jamais été capable de produire des enfants aussi intelligent, aimable et confiant."


Basé sur les lectures d'écrits d'anthropologues sûr de nombreuses cultures de chasseurs-cueilleurs, je caractériserais la parentalité chasseur-cueilleur de cette façon :


1. Les chasseurs-cueilleurs aiment leurs enfants autant que nous aimons les nôtres. Ils se réjouissent des naissances, pleurent la mort de leur enfant et apprécient leurs enfants autant que nous.


2. Les chasseurs-cueilleurs protègent les jeunes enfants des dangers sérieux, mais ne sont pas surprotecteurs. Les chasseurs-cueilleurs reconnaissent qu'ils doivent arranger leur environnement de certaines façons pour protéger les nourrissons et les très jeunes enfants. Par exemple, ceux qui chassent avec des flèches empoisonnées stock les flèches en hauteur hors de la portée des enfants. Toutefois pour les dangers moins sérieux, les chasseurs-cueilleurs croient qu'il est dans l'intérêt des jeunes enfants de les laisser explorer comme bon leur semble plutôt que de restreindre leurs explorations. Par exemple, il n'est pas rare de voir des tout-petits enfoncer des bâtons dans le feu de camp ou de jouer avec des couteaux aiguisés. L'expérience des chasseurs-cueilleurs montre que ces petits enfants se blessent rarement eux-même lors de telles activités et que de tels risques sont moins importants que les avantages de l'apprentissage de l'utilisation de ces objets très tôt. Les adultes croient qu'à partir du moment où les enfants commencent à préférer la compagnie des autres enfants avant celle des adultes (à environ quatre ans), ils ont suffisamment de bon sens pour prendre leurs décisions en fonction de ce qui est prudent de faire ou ce qui ne l'est pas. Les enfants de cet âge et plus âgées jouent dans des groupes d'âge mixtes en se trouvant souvent éloignés des adultes.


3. Les chasseurs-cueilleurs font confiance en leurs enfants. Les anthropologues utilisent généralement le terme d'indulgence pour caractériser le style parental des chasseurs-cueilleurs, mais je pense que le concept le plus fondamental est la confiance. Les parents acceptent les désirs des enfants parce qu'ils ont confiance dans leurs instincts et leurs jugements. Ils croient que les enfants savent mieux ce dont ils ont besoin et quand ils en ont besoin si bien qu'il n'y a pas ou très peu de conflits de volonté entre les adultes et les enfants. Si un bébé pleure ou montre un signe quelconque de détresse, n'importe quel adulte ou enfant proche répondra immédiatement pour voir quel est le problème et comment aider à le résoudre. La supposition qui est faites est que le bébé communique son besoin d'être aidé seulement lorsqu'il a besoin d'aide.


Les chasseurs-cueilleurs croient que les pulsions instinctives de l'enfant pour explorer sont équilibré par les peurs instinctives et par la connaissance de leurs propres capacités et limitations qui les mènent à tempérer leurs explorations avec une prudence appropriée. Des enfants de quatre ans ne vagabonderont pas dans des territoires peu familiers sans la compagnie d'un enfant plus vieux ou d'un adulte. Les enfants de tous âges n’essayeront pas de sauter par-dessus un gouffre dont ils sont physiquement incapables de sauter. Les enfants prennent constamment des risques pour étendre les limites de ce qu'ils peuvent faire, mais les risques sont faibles. Les enfants sont conçus par nature (aujourd'hui nous dirions par sélection naturelle) à faire toutes ces choses, si bien qu'ils apprendront à faire face à de véritables dangers lorsqu'ils se présenteront.


Concernant l'éducation, les chasseurs-cueilleurs ont conscience dans le fait que les enfants et les adolescents trouveront par eux-mêmes ce qu'ils ont besoin d'apprendre et l'apprendront par leurs propres pulsions à observer, explorer et jouer avec les aspects pertinents de leur environnement (voir l'article). Ils ont confiance que lorsque les jeunes personnes seront prêtes à contribuer d'une manière significative pour l'économie de la bande elles le feront avec une joie qui rend la coercition ou la persuasion inutile.


Je pense qu'une telle confiance devient une prédiction autoréalisatrice. Les personnes en qui l'on a eu confiance depuis le début deviennent généralement digne de confiance. Les personnes qui sont traités de cette façon ne grandissent pas en voyant la vie comme une question de dominer, de déjouer ou de manipuler les autres. Ils voient plutôt la vie en terme d'amitiés, de personnes qui s'aident les unes les autres de plein gré et avec joie pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs. C'est l'attitude que j'ai décrite tout au long de cette série qui est l'approche ludique de la vie, l'approche qui fait ressortir les meilleurs aspects de notre humanité.


Le jeu, comme je l'ai répété dans cette série nécessite la liberté individuelle. Le jeu n'est plus du jeu lorsqu'une personne essaye d'en dominer une autre et de dicter ce qu'ils doivent faire. Si la vie est un grand jeu alors chaque joueur doit être libre de ses mouvements tout en respectant les règles générales du jeu, et dans ce cas, les règles plus larges de la société qui s'appliquent à tout le monde. S'immiscer dans les capacités du joueur à faire des choix est le moyen de détruire le jeu pour eux. Les interactions sociales, l'apprentissage, le travail productif et les pratiques religieuses deviennent des corvées pesantes plutôt que comme un jeu joyeux lorsqu'elles sont imposées et contrôlées par les autres. En s'abstenant d'utiliser leurs capacités physiques supérieures ou leurs prouesses mentales pour contrôler le comportement des enfants (ou de qui que ce soit) les adultes chasseurs-cueilleurs s'abstiennent de détruire le sentiment de jeu chez les enfants et chez eux-mêmes.


Le jeu nécessite un sentiment d'égalité et les chasseurs-cueilleurs sont remarquablement capables de retenir ce sentiment même lors de leurs interactions avec les jeunes enfants. Les jeunes enfants sont clairement moins fort, compétent ou informé que ne le sont les enfants plus âgés ou les adultes mais leurs besoins et leurs désirs sont tout autant légitimes et personne ne sait mieux que l' enfant lui-même quels sont ses besoins ou ses désirs. Les chasseurs-cueilleurs semblent comprendre ces vérités mieux que la plupart des personnes dans notre société actuelle.


Pourquoi est-ce que notre approche de la parentalité a changé à l'avènement de l'agriculture ? Ce n'est pas seulement parce que de nouvelles métaphores ont été disponibles. Mais plutôt, l'objectif de la parentalité a changé, elle est passé de l'accueil de la volonté de l'enfant à la suppression de la volonté de l'enfant parce que les besoins perçus par la société ont changé. Dans les prochains essais je parlerais plus de cela et pourquoi cela s'est passé ainsi et ensuite je parlerais de la façon dont comment, dans notre culture aujourd'hui, nous pourrions adopter un style de parentalité plus ludique.


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[1] The theme of this essay, and some of the wording, is taken from my recently published article, ". Play as the foundation for hunter-gatherer social existence," American Journal of Play, 1, 476-522, 2009


Publié par Peter Gray le 09 Juillet 2009, Traduit par Michaël Seyne le 16 Novembre 2015


mardi 8 juillet 2014

Libre d'apprendre BLOG08, L'environnement naturel pour l'auto-éducation de l'enfant

L'environnement naturel pour l'auto-éducation de l'enfant
L'école Sudbury Valley fonctionne d'une façon proche de celle des groupes de chasseurs-cueilleurs.


Un thème majeur dans ce blog est que nous venons au monde avec des instincts qui sont tout à fait bien conçus pour encourager l'éducation. Nous avons des instincts pour observer, jouer et discuter avec les autres de manière à nous donner les compétences, les connaissances et les valeurs que nous avons besoin pour vivre et prospérer dans le monde physique et social dans lequel nous sommes nés. Nous faisons cela avec une grande intensité et une grande joie. Ces instincts éducatifs ont été formé par une évolution naturelle qui a duré des centaines de milliers d'années dans lesquelles nos ancêtres ont survécu comme chasseurs-cueilleurs (lien vers l'article du 2 Août). Nous pouvons donc nous attendre à ce que ces instincts soient toujours opérationnels dans des environnements sociaux de groupes de chasseurs-cueilleurs ou dans des environnements qui répliquent certains aspects des groupes de chasseurs-cueilleurs.


Durant les quarante dernières années, l'école Sudbury Valley a démontré que les instincts humains pour l'auto-éducation peuvent fournir des fondations pour notre société moderne. À cette école, les enfants et les adolescents explorent, jouent et discutent autant qu'ils leur plaisent sans aucune direction ou encouragement de la part des adultes et ensuite passent des diplômes et entrent dans le monde comme des adultes épanouis (lien vers l'article du 13 Août). J'ai passé beaucoup de temps à observer l'école Sudbury Valley pour comprendre comment les étudiants apprennent là, et j'ai aussi examiné la littérature anthropologique pour comprendre comment les enfants et les adolescents chasseurs-cueilleurs apprenaient. Cette recherche m'a convaincu que Sudbury Valley est une institution éducative qui fonctionne merveilleusement bien parce qu'elle imite reproduit les particularités qui sont les plus essentiels à une auto-éducation dans un groupe de chasseur-cueilleur.
Je présente ici une liste de ce qui me semble être les ingrédients les plus cruciaux pour un environnement naturel d'apprentissage auto-dirigé. Les anthropologues rapportent que ces ingrédients existent dans les groupes de chasseurs-cueilleurs qu'ils ont étudié[1] et j'ai remarqué que tous ces même ingrédients existent à l'école Sudbury Valley.


Du temps et de l'espace pour le jeu et l'exploration


L'auto-éducation par le jeu et l'exploration nécessite un temps énorme de temps non planifié, du temps pour faire ce que l'on veut faire quoi que ce soit, sans pression, sans jugement ou intrusion de la part d'un représentant quelconque de l'autorité. Ce temps est nécessaire pour se faire des amis, jouer avec les idées et les matériaux, découvrir des solutions, expérimenter et surmonter l'ennuie, développer des passions. Dans les groupes d'adultes chasseurs-cueilleurs ont peu de demande à l'égard des enfants et des adolescents car ils reconnaissent que les jeunes personnes ont besoin d'explorer et de jouer par eux-même pour devenir des adultes efficaces. C'est aussi vrai pour Sudbury Valley.


L'auto-éducation nécessite aussi de l'espace. De l'espace pour errer, pour aller ailleurs, pour explorer. Cet espace devrait idéalement inclure un grand échantillon d'environnements qui sont en cohérence avec ceux de la culture dans laquelle on se developpe. Les adultes chasseurs-cueilleurs ont confiance en ce que les enfants utilisent leur bon jugement pour décider à quelle distance ils s'aventureront loin des autres dans des zones qui peuvent être dangereuse. À Sudbury Valley, les enfants ont ce genre de confiance, dans les limites d'une prudence établie par notre société moderne et procédurière. Ils peuvent explorer les bois environnant, les terrains et les courant d'eau proche et en le signalant aux autres où ils vont, ils peuvent s'aventurer aussi loin du campus qu'ils le souhaitent.


La libre mixité des âges


Une quantité énorme d'apprentissage se déroule dans les interactions avec les autres. Quand nous séparons les enfants par âge dans les écoles, nous les privons de l'opportunité d'interagir avec ceux avec qui ils ont le plus à apprendre. Dans les tribus de chasseurs-cueilleurs et à Sudbury Vally, les enfants et les adolescents jouent et explorent régulièrement de leur propre initiative dans des groupes variés d'âges mélangés.


Dans les groupes d'âge différents et mélangés, les enfants les plus jeunes acquièrent des aptitudes, des informations, des idées et l'inspiration des plus âgés. Dans de tel groupes, les enfants les plus jeunes peuvent faire des choses qui serait trop dangeureuse ou trop compliqué à entreprendre seul ou avec seulement d'autres du même âge. Les autres enfants ont l'avantage aussi des intéractions entre âges mélangés. Ils apprennent à mener et à tutorer. Ils développent un sens de la responsabilité à l'égard de l'autre. Ils consolident aussi et étendent leurs propre connaissances en expliquant des choses aux enfants les plus jeunes. Le mélange des âges est tellement crucial à l'apprentissage auto-dirigé que j'ai l'intention d'y consacrer deux ou trois futurs articles spécifiques à ce sujet.


Des adultes instruits et attentionné accessibles


Dans les groupes de chasseurs-cueilleurs, le monde des adultes n'est pas séparé du monde des enfants. Les enfants voient ce que les adultes font et l'ajoutent à leurs propres jeux. Ils entendent aussi les histoires des adultes, les discussions et les débats et ils apprennent à partir de ce qu'ils entendent. Quand ils ont besoin de l'aide des adultes, ou ont des questions qui ne peuvent être répondues par d'autres enfants, ils peuvent aller vers n'importe quels adultes dans le groupe. Tous les adultes ont de l'attention pour eux. La plupart des adultes, en fait, sont leurs oncles et tantes.


À Sudbury Valley il y a aussi des adultes et des enfants se mélange librement (il y a 10 membres d'équipe à temps plein et environ 200 étudiants qui ont entre 4 et 19 ans). Il n'y a aucun endroit de l'école où les membres du personnel peuvent aller et où les enfants ne le pourraient pas. Les étudiants écoutent chacune des discussions des adultes et observent tout ce qu'ils font et peuvent les rejoindre s'ils le souhaitent. Les étudiants qui ont besoin d'aide de quelque sorte peuvent aller vers l'un des membres de l'équipe. Un enfant qui a besoin de genoux pour s'assoir, d'une épaule pour pleurer, d'un conseil personnel ou la réponse à une question technique qu'ils n'ont pas été capables de trouver par eux-même, savent très bien quel adulte satisfera son besoin. Les adultes ne sont pas à proprement parler des tantes et des oncles, mais ils sont comme une sorte d'oncle et de tante. Ils connaissent tous les étudiants sur la durée qu'ils ont passé comme étudiant à l'école (contrairement aux enseignants dans l'école conventionnelle qui connaît chaque groupe d'enfants pour la durée d'une année) et ont une fierté de les voir se développer. Puisque les membres de l'équipe doivent être réélus chaque année par le vote de tous les étudiants dans l'école, ils sont nécessairement des personnes qui aiment les enfants et sont aimées en retour par eux.


De l'équipement accessible


Pour apprendre à utiliser les outils d'une culture, les personnes ont besoin d'avoir accès à ces outils. Les enfants chasseurs-cueilleurs jouent avec des couteaux, creusent avec des bâtons, pratiquent l'arc et les flèches, installent des pièges, joue de l'instrument de musique, utilisent des canoës et tous les autres objets d'équipement qui sont cruciaux à leur culture. À l'école Sudbury Valley, les enfants ont accès à un large éventail d'équipement qui sont le plus utilisé généralement par des personnes dans notre culture, ce qui inclut les ordinateurs, les outils de travail du bois, l'équipement pour la cuisine, les matériaux artistiques, les équipements sportifs de différentes variétés et de nombreux murs remplis avec des livres.


Des idées échangés librement


Le développement intellectuel se produit de la meilleure façon quand les personnes peuvent partager leurs idées librement sans censure ou peur d'être ostracisé. Selon les rapports des anthropologues, les chasseurs-cueilleurs ne sont pas dogmatiques dans leurs croyances, ni même dans leurs croyances religieuses. Les personnes peuvent dire ce qu'il leur plaît, sans peur, et les idées qui ont une conséquence sur le groupe sont débattu sans fin. La même chose est vraie à Sudbury Valley. L'école s'est délibérément abstenu de s'aligner à une religion ou à une idéologie politique particulière. Toutes les idées sont sur la table. Dans cette sorte d'environnement, une idée est une chose à penser et à débattre, pas quelque chose à mémoriser et à répéter pour un contrôle. Daniel Greenberg, le philosophe à l'origine de l'école, a décrit l'école comme 'un marché libre d'idées'. Les enfants qui n'entendent peut-être pas beaucoup de discussions concernant la politique et la religion à la maison les entendent à l'école, et entendent tous les points de vue sur tous les sujets.


Une liberté face à la brutalité et l'agression


Pour se sentir libre d'explorer et de jouer, une personne doit se sentir en sécurité, libre du harcèlement et des agressions. Une telle liberté prend place dans une remarquable mesure à la fois dans les groupes de chasseurs-cueilleurs et à Sudbury Valley. Selon les anthropologues, les relations personnelles soudées, la mixité des âges et la non-compétitivité, l'esprit égalitaire des cultures de chasseurs-cueilleurs fonctionnent de manière effective pour prévenir la brutalité sérieuse. Si un enfant plus vieux et plus grand semble s'en prendre à un enfant plus petit ou plus jeune, les autres vont s'interposer et rapidement y mettre fin. La même chose se produit à Sudbury Valley. De plus, à Sudbury Valley, l'école a créé démocratiquement des règles et un système juridique dans lequel les enfants de tous les âges sont impliqués et qui fait forme de prévention sur l'agressivité. Les étudiants qui se sentent harcelés ou agressés peuvent amener le coupable devant un comité de justice constituée de membres de tous les âges. Ce contraste tranche radicalement avec le cas où dans de nombreuses écoles traditionnelle, l'agressivité est une norme de la vie. Les étudiants qui rapportent l'agressivité sont vus comme des balances et des cafteurs et les enseignants peuvent se sortir de l'agressivité car ils sont ceux qui font les règles et ne sont pas assujettis à celles-ci.


Une immersion dans les processus démocratiques


Les groupes de chasseurs-cueilleurs et l'école Sudbury Valley sont chacune à leur manière différente des démocraties. Les groupes de chasseurs-cueilleurs n'ont pas de chef ou de 'grand leader' qui prend les décisions pour le groupe. À la place, toutes les décisions du groupe sont prises lors de longues discussions, jusqu'à ce qu'une majorité claire de ceux qui sont concernés arrive à un accord. Tout le monde, incluant les enfants, peut prendre part à ces discussions. Sudbury Valley est administrée par un processus démocratique formel, qui implique des discussions et des votes à la réunion de l'école ,où chaques étudiants et membres de l'équipe qui font le choix de participer ont un vote égal. L'immersion dans le processus démocratique offre à chaque personne un sens de la responsabilité qui aide à motiver l'éducation. Si ma voix compte, si j'ai véritablement la parole dans ce que le groupe fait et comment il opère, alors je vais apprendre à réfléchir avec précaution et à parler avec sagesse. Je ne suis pas seulement responsable de moi-même, mais aussi de ma communauté, c'est alors une bonne raison pour moi de m'éduquer moi-même dans ces choses qui ont de l'importance pour la communauté.


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Pour résumer, mon affirmation est que l'environnement d'apprentissage naturel, qui a existé durant notre longue histoire en tant que chasseurs-cueilleurs et qui est reproduit à l'école Sudbury Valley est un environnement dans lequel :
(a) On a le temps et l'espace libre pour jouer et explorer,
(b) on peut se mélanger librement aux autres de tout âges,
(c) on a accès à tous les outils et équipement pertinent pour notre culture et avec lesquels il est possible de jouer et explorer,
(d) on est libre d'exprimer et de débattre n'importe quelle idée qu'ils souhaitent exprimer et débattre,
(e) on est libre de l'agressivité et de la brutalité (ce qui inclut d'être libéré des ordres donnés arbitrairement par les adultes),
(f) et on a une voix qui est entendue dans le processus du groupe qui prend les décisions.
Comment tout cela est-il différent de l'environnement d'une école traditionnelle ? Cela est ironique, mais dans les écoles conventionnelles nous privons l'enfant de tous les éléments qui font un environnement naturel d'apprentissage et nous essayons ensuite de leur apprendre quelque chose.


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Note
[1] Une bonne source qui rapporte des connaissances anthropologiques à l'égard de l'enfance dans les sociétés chasseurs-cueilleurs est Hunter-gatherer childhoods: Evolutionary, developmental, and cultural perspectives. de Barry S. Hewlett et Michael Lamb (Eds), Transaction Publishers, 2005.

Publié le 3 Septembre 2008 par Peter Gray