Affichage des articles dont le libellé est curiosité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est curiosité. Afficher tous les articles

dimanche 24 mai 2015

Libre d'apprendre BLOG21, Éducation Intrusive Minimum, des leçons venant de l'Inde

Éducation Intrusive Minimum, des leçons venant de l'Inde
Où comment des milliers d'enfants appauvris en Inde sont devenu capables de se servir d'un ordinateur


Il y a plus de dix ans, le 29 Janvier 1999, Sugata Mitra, qui était alors le directeur scientifique du NIIT, une entreprise de technologie d'information dont le siège se trouve à New Delhi a initié un ensemble d'études sur l'apprentissage autodirigé des enfants.


Ce jour, Mitra alluma un ordinateur qu'il avait installé dans un mur extérieur du bâtiment du NIIT, un des murs qui faisaient face à l'un des bidonvilles les plus pauvres de New Delhi et dans une communauté où la plupart des enfants ne vont pas à l'école, sont analphabètes et n'avaient précédemment jamais vu un ordinateur. Il alluma simplement l'ordinateur et le laissa là, en disant à la foule d'enfants qu'ils pouvaient jouer avec, il enregistra ensuite à l'aide d'une caméra toute l'activité qui entoura l'ordinateur.


Des enfants, ayant pour la plupart entre 6 et 13 ans, s'approchèrent immédiatement et commencèrent à explorer cette étrange installation, qui pour eux leur semblait être une sorte de télévision. Ils touchèrent certaines parties et apparemment par accident découvrirent qu'ils pouvaient déplacer un curseur sur l'écran en bougeant leurs doigts le long d'un pavé tactile. Ceci conduisit à une série de découvertes excitantes. Le curseur se transforma en main quand il passait au-dessus certaines parties de l'écran. En tapant (cliquant) sur le pavé tactile alors que le curseur est une main, ils pouvaient changer l'écran. Ils cherchèrent leurs amis avec enthousiasme pour leur montrer cette machine fascinante.


Chaque nouvelle découverte, réalisé par un enfant ou un groupe fut partagé avec les autres. En quelques jours, des douzaines d'enfants surfaient sur Internet, téléchargeaient de la musique et des jeux, dessinaient sur le logiciel Paint et faisaient de nombreuses choses que les enfants font partout avec des ordinateurs lorsqu'ils y ont accès. Par la suite, Mitra et ses collègues répétèrent l'expérience à 26 autres endroits de l'Inde, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain les résultats furent toujours les mêmes. Des découvertes similaires furent faites dans d'autres pays où des ordinateurs extérieurs furent installés, au Cambodge, en Égypte et en Afrique du Sud. Même maintenant, alors que j'écris ces lignes, de nouveaux ordinateurs extérieurs sont installés dans différentes parties appauvries du monde.


À chaque fois qu'un kiosque à ordinateur était installé, des enfants se rassemblaient rapidement, exploraient l'appareil et sans aucun autre aide que celui qu'ils se fournissaient les uns avec les autres, ils découvrirent des manières excitantes de l'utiliser. Les enfants inventèrent des noms pour faire référence à l'ordinateur, à ses parties, les icônes variées qui apparaissent à l'écran, et aux différentes activités qu'ils peuvent accomplir avec l'ordinateur. Par exemple, un groupe (dans leur langue maternelle hindi) se réfèrent au curseur avec « l'aiguille » et les dossiers avec « les placards ». Ceux qui ne connaissaient pas l'anglais ont appris de nombreux mots anglais grâce à leurs interactions avec l'ordinateur et leurs discussions avec d'autres sur celui-ci. Les enfants qui pouvaient lire trouvèrent et téléchargèrent des articles qui les intéressaient dans le langage dans lequel ils étaient lettrés (généralement l'hindi ou le marathi).


Mitra et ses collègues décrivirent la forme d'éducation qu'ils expérimentèrent comme étant une éducation intrusive minimum, une description qui fut empruntée au monde médical de la chirurgie. Il s'agit d'une éducation avec une quantité minimale d'intrusion dans la vie des enfants. Les expériences démontrent que les enfants apprennent à une allure incroyablement rapide sans enseignants adultes. Tout ce que les éducateurs ont eu à faire était de fournir l'outil, l'ordinateur. La curiosité, l'esprit ludique et la sociabilité de l'enfant se sont ensuite déployées naturellement.


Mitra et son équipe estiment que pour chaque ordinateur extérieur qu'ils ont installé, une moyenne de 300 enfants devint capable d'utiliser un ordinateur dans les trois mois qui ont suivi la mise en disponibilité de l'ordinateur. Sur une période de trois mois et pour 100 ordinateurs, c'est environ 30,000 enfants capables d'utiliser un ordinateur. Ce que Mitra veut dire par « capable d'utiliser un ordinateur » il dit que c'est d'être en « capacité de faire la quasi-totalité de ces tâches » :


  • Utiliser confortablement toutes les fonctions opérationnelles de l'interface Windows, cliquer, déplacer, ouvrir, fermer, redimensionner, réduire, agrandir, naviguer dans les menus, ainsi de suite.
  • Dessiner et peindre avec un ordinateur.
  • Sauvegarder et charger des fichiers.
  • Jouer à des jeux.
  • Lancer des programmes éducatifs ou d'autres logiciels.
  • Naviguer et explorer Internet si une connexion est disponible.
  • Configurer un compte et envoyer/recevoir des emails.
  • Discuter en ligne.
  • Réaliser de simples dépannages. (par exemple si l'enceinte et le son ne fonctionnent pas)
  • Télécharger et jouer avec les médias en streaming.
  • Télécharger des jeux.


Sur la base de plusieurs tests donnés à des enfants choisis aléatoirement qui utilisaient des ordinateurs extérieurs, Mitra a conclu que les capacités des enfants à apprendre dans ce cadre « semblent être indépendantes de leur milieu éducatif, de leur niveau d'alphabétisation en anglais ou de n'importe quel autre niveau linguistique, sociale ou économique, de leur appartenance ethnique et de leur place d'origine (ville ou village), de leur genre, de leur base génétique, de leur situation géographique et de leur intelligence. »


Les observations de Mitra souligne d'une belle façon de nombreuses idées que j'ai discuté dans ce blog. Mon thème principal est que les enfants s'éduquent par eux-même. Mitra a observé que les enfants s'enseignent à eux-même l'utilisation de l'ordinateur, et à ensuite utilisé l'ordinateur pour leur enseigner bien plus. Ils ont fais cela parce qu'ils ont en eux-même un jeu d'instincts puissant pour l'auto-éducation, les instincts de curiosité, d'esprit ludique et de sociabilité.


La curiosité : Tous les mammifères sont curieux, mais les humains le sont encore davantage et particulièrement dans l'enfance. Comme nous sommes des animaux qui utilisent des outils, notre curiosité nous conduit à explorer de nouveaux objets avec nos sens et aussi à les explorer avec nos muscles. Quand nous voyons quelque chose de nouveau, nous voulons savoir ce que l'on peut faire avec. Les enfants à partir de la naissance explorent les nouveaux objets en les manipulant, en les poussant, en les secouant, en les écrasant, en les faisant tomber, en les lançant et les faisant rebondir pour voir quel genre d'effet intéressant cela peut être produit. Dans les expériences de Mitra, la curiosité amène les enfants vers l'ordinateur extérieur et les motive à le manipuler de manières différentes pour en apprendre ses propriétés. Les manipulations mènent à des découvertes excitantes qui conduisent à leur tour à de nouvelles questions et à de nouvelles découvertes. Par exemple, la découverte que cliquer sur une icône entraîne un changement sur l'écran, amène les enfants à cliquer sur tous les icônes disponibles pour simplement voir ce qu'il se passe.


L'esprit ludique : Tous les jeunes mammifères ont un esprit ludique, mais les enfants humains sont ceux qui l'ont le plus. La fonction évolutive première de l'esprit joueur chez l'enfant comme chez les jeunes des autres mammifères est le développement des compétences (article). Le jeu implique des actions répétitives mais variées qui ont pour objectif de produire les effets que le joueur a à l'esprit. Les actions à la fois physiques et mentales sont accomplies pour le simple plaisir de les accomplir, et les aptitudes deviennent des conséquences de ces actions. Dans les expériences de Mitra, l'esprit ludique mène les enfants à devenir hautement compétent à l'utilisation des fonctions de l'ordinateur. Par exemple, les enfants qui ont déjà exploré le programme Paint et savent comment l'utiliser étaient motivé à jouer avec ce programme, qui est de dessiner de nombreuses images. Par un tel jeu, ces enfants deviennent compétents au dessin informatique. Par le jeu, les enfants consolident leurs connaissances déjà acquises et développent des compétences en utilisant cette connaissance. Souvent le jeu mène de manière par inadvertance à de nouvelles découvertes, qui renouvellent et mène à de nouveaux domaines d'exploration. Le jeu et l'exploration sont inséparablement mélangés.


La sociabilité : Nous ne sommes pas seulement un animal merveilleusement curieux et ludique, mais nous sommes aussi un animal merveilleusement sociable. Notre sociabilité est telle que nous voulons savoir ce que les autres personnes pensent et nous voulons partager nos histoires et nos connaissances avec les autres. Ceci, peut-être d'ailleurs bien plus que tout le reste est ce qui nous distingue des autres mammifères. Par le langage et notre désir de communiquer avec l'autre et de le comprendre nos esprits sont reliés dans un vaste réseau avec les esprits des autres personnes. Aucun autre animal n'a une telle capacité et pulsion pour la communication et c'est pourquoi aucun autre animal n'a développé la culture que nous avons. Dans les expériences de Mitra, la sociabilité a motivé les enfants à jouer ensemble, à vouloir savoir et faire ce que les autres savaient et faisaient puis partager leurs propres connaissances avec les autres. Quand un enfant fait une nouvelle découverte à propos de quelque chose qui pourrait être fait avec l'ordinateur, la découverte se répand comme un feu de brousse dans tout le groupe d'enfants à proximité puis un enfant qui aurait un ami dans un autre groupe amènerait cette étincelle de nouvelle connaissance à l'autre groupe permettant à un nouveau feu de brousse de démarrer et ainsi de suite pour les trois cents enfants environ qui à des temps différents utiliseront l'ordinateur. Chaque découverte d'un enfant devient la découverte de tous les enfants du réseau.


Pourquoi les leçons des écoles ne propagent pas le même feu que celui que Mitra a observé dans ses expériences sur l'éducation intrusive minimum ? Ce n'est pas difficile de penser à de nombreuses réponses à cette question. Voici quelques-unes qui apparaissent à l'esprit :

  • Les enfants à l'école ne sont pas libres de poursuivre leurs propres intérêts choisis par eux-même et cela coupe leur enthousiasme.
  • Les enfants à l'école sont évalué de manière constante. Le souci de l'évaluation et de faire plaisir au professeur, ou pour certains enfants, une révolte contre de telles évaluations, repousse et sabote la possibilité de développer un intérêt sincère dans une tâche assignée.
  • Les enfants à l'école ont souvent la démonstration d'une et d'une seule solution à un problème donné tout en leur expliquant que les autres méthodes sont erronées et doivent être évitées, si bien que l'excitation de découvrir de nouvelles façons de faire quelque chose est empêchée.
  • L'isolement des enfants par âge dans les écoles empêche le mélange et la diversité des âges dans des groupes tels que ceux qui se sont rassemblé autour d'un ordinateur extérieur, ce qui permettait à différentes fonctions de l'ordinateur d'être essayées et jouées par différents enfants, et permettre grâce à cette large variété de découverte de se répandre d'un enfant à un autre.


L'apprentissage est tellement simple et amusant quand il se produit naturellement. Nous faisons de l'apprentissage quelque chose de difficile et d'ennuyeux dans nos salles de classe en privant les enfants de l'opportunité d'utiliser leur moyen d'apprentissage naturel en les remplaçant pas de la coercition. Si nous nous concentrions sur la fourniture, à nos enfants, d'environnements et d'outils qui optimisent leur capacité à s'enseigner à eux-même, dans des groupes d'âges mélangés, et si nous arrêtions d'essayer de contrôler l'apprentissage des enfants, la vie serait bien plus amusante pour chacun d'entre nous et la culture fleurirait bien plus qu'elle ne le fait maintenant.

---------


Voici quelques ressources en anglais pour découvrir davantage le travail de recherche de Sugata Mitra :
Articles publiés par Sugata Mitra et ses collègues :
Dangwal, R., Jha, S., & Kapur, P. (2006). Impact of minimally invasive education on children: An Indian perspective. British Journal of Educational Technology, 37, 295-298.
Inamdar, P. (2004). Computer skills development by children using ‘hole in the wall' facilities in rural India. Australasian Journal of Educational Technology, 20, 337-350.
Mitra, S. (2003). Minimally invasive education: A progress report on the "hole-in-the-wall" experiments. British Journal of Educational Technology, 34, 267-371.
Mitra, S. (2004). Hole in the Wall. Dataquest (India), Sept. 23 issue. URL
http://dqindia.ciol.commakesections.asp/04092301.asp(link is external).
Mitra, S. (2005). Self organizing systems for mass computer literacy: Findings from the ‘hole in the wall' experiments. International Journal of Development Issues, 4, 71-81.
Mitra, S., & Rana, V. (2001). Children and the internet: Experiments with minimally invasive education in India. British Journal of Educational Technology, 32, 221-232.

Article publié par Peter Gray le 28 Janvier 2009 et traduit par Michael Seyne le 22 Mai 2015

mardi 29 avril 2014

Libre d'apprendre blog 02, L'enfant s'éduque lui-même 1; Aperçu de quelques évidences

L'enfant s'éduque lui-même, 1 : Aperçu de quelques évidences

L'enfant est conçu par nature pour s'éduquer lui-même
Publié le 16 Juillet 2008 par Peter Gray
Source : http://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/200807/children-educate-themselves-i-outline-some-the-evidence


En tant qu'adulte nous avons certaines responsabilités envers nos enfants et le monde de l'enfant. Il est de notre responsabilité de créer un environnement sécurisant où la santé et le respect est encouragés dans lequel l'enfant peut se développer. Il est de notre responsabilité que l'enfant est accès à une nourriture saine, de l'air frais, des espace de jeux non toxique et un grand nombre d'opportunités d’interaction avec d'autres personnes dans le spectre complet des âges. Il est de notre responsabilité que nous soyons des modèles d'humanité honnête. Mais il y a une chose dont nous ne devrions pas nous occuper ni nous soucier est la façon dont on éduque un enfant.

Nous n'avons pas à nous soucier du programme, de planifier les cours, de motiver l'enfant à apprendre, à le tester ou l'examiner et tout le reste qui se trouve sous la rubrique, pédagogie. Orientons plutôt cette énergie vers la création d'environnements décents dans lequel l'enfant peut jouer. L'éducation de l'enfant est de la responsabilité de l'enfant, pas la nôtre. Seulement eux peuvent la prendre en main. Ils sont conçus pour ça. Notre tâche concernant l'éducation est de prendre du recul et la laisser se dérouler. Plus nous essayons de la contrôler, plus nous interférons.

Quand je dis que l'éducation est de la responsabilité de l'enfant et qu'ils sont par nature conçus pour assumer cette responsabilité, je n'attends pas de vous que vous ayez une foi aveugle en cette affirmation. Nous vivons dans un monde où cette affirmation n'est pas une vérité évidente en soi comme elle put l'être. Nous vivons dans un monde dans lequel presque tous les enfants et adolescents sont envoyé à l'école à un âge de plus en plus jeune et en sort de plus en plus tard tandis que la notion « d'école » possède un certain sens standardisé. Nous mesurons l'éducation en termes de résultats d’examen et du succès à avancer dans le système scolaire d'un niveau à un autre. Alors naturellement nous en venons à penser automatiquement que l'éducation est quelque chose réalisé à l'école et qui concerne des spécialistes entraînés à l'art et à la science de la pédagogie, qui savent comment mettre un enfant dans la bonne direction qui transformera leur potentiel brut en un produit instruit.

C'est pourquoi, je prends sur moi la tâche de présenter les preuves pour appuyer mon affirmation. La façon plus directe d'approcher ces preuves viennent des milieux où l'on peut observer les enfants s'éduquer eux-même sans rien qui puisse faire penser à de la scolarisation. Ici sont présenté trois milieux que je développerai lors des trois prochains acomptes de ce blog hebdomadaire.

1. Une part immense de l'éducation de l'enfant se produit avant que l'école ne commence. La preuve la plus évidente de la capacité de l'enfant à s'auto-éduquer, disponible à chacun ouvrant les yeux, viens de l'observation des enfants dans leurs quatre ou cinq premières années de vie, bien avant que qui que ce soit n'essaye de manière systématique à leur enseigner quelque chose. Pensez à tout ce qu'ils apprennent dans cette période. Ils apprennent à marcher, à courir, à sauter, à escalader. Ils apprennent les propriétés physiques et comment manipuler tous les objets qui sont à leur portée. Ils apprennent leur langue maternelle, ce qui est sûrement l'une d'est tâche cognitive les plus complexes que chaque être humain apprend à maîtriser. Ils apprennent la psychologie de base des autres personnes, comment leur plaire, comment les ennuyer, comment obtenir ce qu'ils ont besoin et ce qu'ils désirent. Ils apprennent tout cela non pas par des leçons fournies par qui que ce soit, mais à travers leur propre liberté à jouer, leur curiosité insatiable et leur attention naturelle au comportement des autres personnes. Nous ne pouvons les arrêter d'apprendre tout cela et bien plus à moins de les enfermer et de les isoler dans des placards.

2. Les enfants des cultures de chasseur cueilleurs deviennent des adultes épanouis sans aucune scolarisation. Pendant la plus grande partie de l'existence de l'humanité, nous avons vécu en relativement petits groupes nomades cherchant de la nourriture. Les fondements de notre nature humaine (incluant notre sens du jeu, de la curiosité et de toute notre adaptation biologique pour l'apprentissage) ont évolué dans le contexte de cette façon de vivre. Quelques groupes de chasseurs-cueilleurs ont survécu et maintenu leur culture intacte jusqu'à aujourd'hui. Les anthropologistes qui ont étudié de tels groupes (en Afrique, en Asie, en Nouvelle-Zélande, en Amérique du sud et ailleurs) ont trouvé de remarquables cohérences entre elles dans leurs attitudes à l'égard des enfants. Dans toutes ces cultures, les enfants et adolescents ont la permission de jouer et de suivre leur propre intérêt, sans qu'aucun adulte n'interfère et cela de l'aube au coucher, chaque jour. La croyance de ces personnes, portée par des milliers d'années d'expérience, est que les jeunes personnes s'enseignent elles-même à travers le jeu et l'exploration et qu’ensuite, lorsqu'elles sont prêtes à le faire, commence naturellement à mettre en application ce qu'elles ont appris avec comme objectif de bénéficier à l'ensemble du groupe. À travers leurs propres efforts, les enfants chasseurs-cueilleurs acquièrent l'énorme collection de compétences et de connaissances dont ils ont besoin pour être des adultes épanouis dans leur culture.

3. Les enfants de certaines « écoles non-scolaire » dans notre culture deviennent des adultes épanouis sans aucune scolarisation conventionnelle. J'ai observé des enfants et adolescents de l'école Sudbury Valley à Framingham au Massachusetts pendant plusieurs années. L'école a été fondé il y a quarante ans par des personnes qui croyaient en l'éducation d'une façon remarquablement similaire à celle des chasseurs-cueilleurs. L'école est à destination des enfants âgés de quatre ans jusqu'à l'âge de la fin du lycée, et rien dans son fonctionnement ne ressemble à une école typique. Il s'agit d'une école structurée démocratiquement dans laquelle l'enfant a véritablement le même pouvoir que les adultes et dans laquelle les étudiants apprennent entièrement à travers leurs propres activités auto-dirigées. Il s'agit essentiellement d'un environnement sécurisé dans lequel les jeunes personnes peuvent jouer, explorer, assumer des responsabilités et interagir librement avec les autres à travers le panel entier des âges. Il n'y a pas d'examens, pas d'étoile en or ou d'autres récompenses de ce genre, pas de réussite ou d'échec, pas de cours requis ou obligatoire, pas de coercition ou de flatterie séduisante pour les pousser à apprendre, aucune attente que l'équipe soit responsable de l'apprentissage de l'enfant. Jusqu'à maintenant, des centaines de jeunes personnes se sont éduqués elles-même dans cet environnement. Et ils ne sont pas devenus des chasseurs-cueilleurs mais des artisans, des artistes, des chefs de cuisine, des médecins, des ingénieurs, des entrepreneurs, des avocats, des musiciens, des travailleurs sociaux et des concepteurs informatiques. Ils peuvent être trouvés dans l’éventail complet des carrières que nous valorisons dans notre culture.

Dans mes trois prochains acomptes, j'élaborerais, un par un, chacune de ces trois sources de preuves concernant la capacité des jeunes personnes à s'auto-éduquer. Maintenant, s'il vous plaît, répondez dans les commentaires plus bas pour partager vos propres arguments et expériences.

dimanche 27 avril 2014

Libre d'apprendre blog 01, Apprendre nécessite la liberté : Introduction à un nouveau blog concernant le jeu, la curiosité et l'éducation.

Apprendre nécessite la liberté : Introduction à un nouveau blog concernant le jeu, la curiosité et l'éducation.

Quand davantage de scolarité nous éloigne de la réponse.
Publié le 9 Juillet 2008 par Peter Gray

De partout de nos jours nous voyons des politiciens et des experts argumenter en faveur d'une scolarisation plus restrictive. Bien sûr ils n'utilisent pas le mot « restrictif » mais c'est bien cela qui apparaît en filigrane dans leurs propositions. Ils souhaitent des examens plus standardisés, plus de devoirs à la maison, plus de surveillance, des journées et des années d'école plus longues, des sanctions contre les enfants qui prennent une journée ou deux de congé avec leur famille. Il s'agit d'un domaine dans lequel les politiciens de tous les grands partis et à tous les niveaux du gouvernement semblent être en accord. Plus d'école et plus de rigueur à l'école sont toujours mieux que moins d'école et moins de rigueur à l'école.

L'école et l'éducation (qui dans l'usage est devenue synonyme de scolarisation) sont des termes entourés d'un halo de sainteté. Ils sont a priori bon et aucune preuve dans cette logique commune ne vient s'opposer à la valeur qu'apporte davantage de scolarisation. Si les enfants apprennent des choses, nous en remercions l'école. S'il ne semble pas apprendre quoi que ce soit, cela signifie qu'ils ont besoin de plus de scolarité. Si l'économie ne se porte pas bien, la cause en est certainement le manque d’effort que nous mettons dans la scolarité. Si l'économie va bien cela confirme et justifie une scolarisation que l'on se doit alors d'amplifier pour obtenir de meilleurs résultats.

Si la connaissance est en expansion à une allure de plus en plus rapide, alors nous pensons devoir exiger de la part des élèves qu'ils étudient davantage de sujets. Si le monde d'aujourd'hui nécessite une pensée critique, nous pensons devoir ajouter la pensée critique à la longue liste de ce que nous enseignons et validons par des examens. Si nous croyons que les êtres humains ont des « intelligences multiples », alors nous pensons devoir toutes les énumérer séparément et améliorer chaque intelligence en chaque personne. Si nous trouvons une valeur à l'égalité alors nous croyons que chacun doit étudier le même programme et avoir les mêmes examens, ainsi nous les « faisons égaux » (oubliez cette idée qu'il y a derrière la fondation de la démocratie où les personnes peuvent être différentes tout en ayant chacun la même valeur).

Mais qu'est-il arrivé à cette idée que l'enfant puisse apprendre librement par ses jeux et ses explorations ? Toutes les théories sérieuses sur l'apprentissage, à partir de celle de Piaget, posent comme base que l'apprentissage est un processus actif sous contrôle de celui qui apprend lorsqu'il est motivé par la curiosité. Les éducateurs partout admettent ces théories du bout des lèvres et continuent ensuite à créer des écoles qui empêchent l'autodétermination par le jeu et l'exploration. Chacun d'entre-nous sait parfaitement que, si nous arrêtons de penser à toutes nos idées, que nos plus grandes leçons ne sont pas celles que l'on apprend dans « un jardin d'enfants » pas plus que celles que nous avons appris pendant des cours plus tard. C'est plutôt les leçons que nous avons apprises quand nous nous sommes donné à nous-même le luxe de suivre pleinement nos propres intérêts et pulsions par le jeu. Par ce moyen nous avons acquis les aptitudes, les valeurs, les idées et les informations qui resteront avec nous toute la vie, pas seulement jusqu'au prochain examen. Et ce qui est peut-être le plus important, nous avons ainsi découvert ce qui est le plus important pour nous, ce qui nous plaît vraiment et cela est le premier pas pour trouver la carrière qui nous convient.

À chaque fois où nous ajoutons une autre heure du temps de l'enfant qu'il doit consacrer dans une école ou sur ses devoirs, à chaque fois que nous les contraignons ou les persuadons de suivre la direction choisie par l'adulte dans leurs activités parascolaires, nous les privons davantage d'opportunités pour jouer, explorer, réfléchir et expérimenter les joies et les frustrations de l'auto-direction. Avec chaque nouvelle restriction nous les poussons davantage dans le système de la scolarisation, en mettant à l'écart toujours plus de jeunes gens qui ne peuvent ou n'accepterons pas de telles restrictions. Les garçons en particulier sont de plus en plus réticents à accepter les contraintes de la scolarisation. Et c'est pourquoi les garçons bien souvent et de diverses façons, l'abandonne.

J'ai enseigné pendant une longue période dans une université sélective. Les étudiants qui viennent dans mes cours avaient une moyenne élevée au lycée. Mais ils ne viennent pas en connaissant grand-chose des sujets qu'ils ont étudié. Ils ont eu des notes élevées parce qu'ils sont brillants et ont eu la motivation suffisante d'aller de l'avant au sein des procédures standard. Ils trouvent ce qu'ils ont besoin pour réussir à atteindre les hautes notes et font ce qui est nécessaire. Ils trouvent comment passer correctement les examens sans en apprendre trop sur le sujet. Ils apprennent comment garder l'information dans la forme souhaitée par le professeur juste assez longtemps pour passer l'examen.

Je n'ai pas d'objection envers les étudiants qui entre dans mes cours sans savoir grand-chose. L'information est facile à trouver et facile à fournir. Si les étudiants découvrent qu'ils ont besoin de savoir quelque chose pour élargir leurs recherches en rapport à ce que je dis ou ce qu'ils lisent, ils peuvent demander ou chercher par eux-même. Je suis simplement désolé qu'ils aient gâché tant de temps à l'école quand il aurait été certainement préférable pour eux qu'ils jouent et découvrent ce qui les intéresse vraiment. S'il en avait été ainsi, ceux qui ont décidé de venir à mon cours auraient de bonnes raisons de le faire et les autres auraient de bonnes raisons de choisir une autre route. Les étudiants qui ont exploré et poursuivi ce qui les intéressait vraiment pendant leurs études sont rares et charmants, ils ne négligent pas leur première année d'université.

Je connais aussi des adolescents qui sont actuellement au lycée. Certains sont de « bons étudiants » et d'autres ne le sont pas. Ce que j'ai observé est que les deux groupes sont également cyniques à propos de l'école. Les « bons étudiants » n'admettent peut être pas leur cynisme ou ne l'identifie pas comme tel, mais il s'agit bien de cela. Il se manifeste de lui-même à chaque raccourcies qu'ils prennent pour obtenir une bonne note. Il se manifeste lui-même quand ils disent, alors qu'ils demandent de l'aide, « la seule chose dont j'ai réellement besoin n'est pas de comprendre, mais d'avoir la bonne réponse. »
Nous pourrions rendre meilleure la vie pour les enfants et améliorer l'apprentissage, et cela avec beaucoup moins de dépenses que les coûts actuels de l'école, si nous développons un environnement où l'enfant peut jouer en sécurité, interagit librement avec une large palette de personnes et poursuivent leurs propres intérêts. Je le sais car je l'ai vue et je vous parlerais de certains de ces sujets dans de futurs acomptes.

J'ai commencé ce nouveau blog, libre d'apprendre, parce que je suis particulièrement préoccupé de l'état de l'éducation et du déclin des opportunités pour l'enfant de jouer et explorer. Je suis un professeur de psychologie de l'évolution et du développement où mon intérêt principal se tourne vers les voies naturelles d'apprentissage chez l'enfant et l'adulte. Dans ce premier acompte j'ai posé les bases de mon point de vue. Dans des acomptes futurs, j'ai l'intention d'étayer cette opinion avec des articles qui couvriront les questions suivantes :

*Pourquoi l'être humain est l'animal le plus joueur ?
*Qu'est-ce que nous voulons dire quand nous disons qu'un esprit joueur est un esprit ouvert à l'apprentissage ?
*Est-ce que le jeu est l'opposé du travail ? (À quel moment l'est-il et quand ne l'est-il pas?)
*Quel est le but de la curiosité dans l'évolution ?
*Qu'est-ce qu'il arrive à la curiosité d'un enfant quand il grandit ?
*Qu'est-ce qu'un enfant et un adolescent veulent dire lorsqu'ils disent, « Je m'ennuie » ?
*Quelle est la valeur du mélange des âges dans l'apprentissage d'un enfant ?
*Les enfants « ont-ils besoin d'une structure » ? (Bien sûr, ils en on besoin, mais de quelle sorte de structure?)
*Dans quelles conditions les jeunes personnes s'éduqueront elles elles-même, sans la moindre coercition ou manipulation ?
*Qu'est-ce que cela signifie de dire de quelqu'un qu'il est « bien éduqué » ?
*Quel est le rôle approprié des adultes dans l'éducation de l'enfant ?
*Quels sont les risques inhérents à essayer de protéger l'enfant des risques et de l'échec ?
*Pourquoi ressentons-nous le besoin d'avoir autant de contrôle sur l'apprentissage de l'enfant ?
*Pourquoi les écoles fonctionnent-elles de la façon que l'on connaît ? (Une part de la réponse se trouve dans l'histoire.)
*Pourquoi les réformes de libéralisation dans la scolarisation échouent la plupart du temps ?
*Quelle sorte de discipline est nécessaire pour le travail et la carrière et comment acquérir une telle discipline ?
*Quel est le sens de la liberté et pourquoi la recherchons-nous ?

Restez connecté et rejoignez la discussion. Je posterai de nouveaux acomptes chaque mercredi et essayerais de répondre aux questions, commentaire et arguments apportés. J'espère vous convaincre que le sujet que j'apporte n'est pas simplement l'idéalisme d'un rêveur naïf. Nous parlerons de véritables personnes et écoles ainsi que des découvertes de la recherche empirique.