jeudi 1 octobre 2015

Libre d'apprendre BLOG27, Le jeu nous rend humain 3, Le jeu comme fondation de la religion

Le jeu nous rend humain 3, le jeu comme fondation de la religion
Avoir la foi est de faire semblant.

Certaines personnes se sentiraient offensées à l'idée que la religion est un jeu. Ils diraient que la religion est sacrée et que le jeu est futile. Comment l'un pourrait être lié à l'autre ? Mais les lecteurs qui suivent ce blog savent que je vois le jeu comme la plus haute forme d'activité humaine, si bien que je ne dévalorise pas la religion lorsque je la décrit comme du jeu.

J'ai deux points principaux à présenter dans cet essai. Le premier c'est que toutes les religions trouvent leurs racines dans le jeu. Les aptitudes cognitives qui rendent la religion possible sont les mêmes que celles du jeu, dont la principale est la capacité à faire semblant. Le deuxième point est que la religion fonctionne mieux quand elle ne s'éloigne pas trop de ses origines ludiques. La religion qui a perdu son esprit de jeu peut devenir dangereuse. Je présente ici la logique et les preuves qui m'ont amené à ces conclusions.

Avoir la foi est de faire semblant

L'essence de toutes les religions est d'avoir la foi. Avoir la foi est le fait de croire sans preuve. Croire sans preuve est de faire semblant. Faire semblant est jouer.
Tous les jeux humains impliquent un élément de simulation (voir l'essai sur la « définition du jeu »). Chaque joueur accepte, pendant toute la durée du jeu, un monde imaginaire particulier. Au jeu d’échecs par exemple, le monde imaginaire est celui qui figure l'une des formes miniatures comme étant un cheval et les chevaux ne peuvent se déplacer de bonds en L. La forme la plus pure de simulation est celle que l'on trouve dans les jeux de rôle des jeunes enfants qui imaginent régulièrement des mondes dans lesquels ils peuvent être des sorcières, des trolls, des voyageurs de l'espace, des mamans ou des papas en faisant participer le mobilier de la maison, le canapé peut alors être une maison hantée, un pont magique, une autre planète ou le bureau où travail une maman. Pour entrer dans le jeu, les joueurs ne demandent pas de preuves que telle chose ou telle autre soit vrai, ils décident simplement ou se mettent d'accord que cela est vrai. Suzie est une sorcière tandis que Jimmy est un troll pour la simple raison que tous les joueurs ont décidé et accepté cela. Les vérités des simulations sont des vérités par choix comme le sont les vérités des religions et non des découvertes.

Pour accepter une religion il faut choisir d'accepter de croire aux vérités de la religion, et dans ce sens au moins, toutes les religions sont du jeu. Les vérités du jeu sont vraies du moment et seulement à partir du moment ou le jeu continu. Quand le jeu se termine, ou pendant les pauses, Suzie et Jimmy peuvent dire qu'ils faisaient seulement semblant d'être une sorcière et un troll, mais ils ne l'auraient jamais fait en plein cours du jeu. En fait, il est impossible pour eux de le dire pendant le jeu, parce que le simple fait de la dire arrête automatiquement le jeu et crée une pause. La religion, pour le pratiquant, n'a pas de temps de pause reconnu, si bien que celui-ci n'a pas d'opportunités pour dire que ses croyances religieuses sont des simulations même si à un certain niveau de conscience ils savent que c'est le cas. En fait, si vous êtes pratiquant d'une religion, prenez le temps de considérer mon hypothèse. Vous ne perdrez pas votre religion en faisant cela. Votre pratique religieuse peut même profiter de cet exercice. Les enfants améliorent leur jeu et deviennent plus dévoués à leur jeu en faisant des temps de pause hors de ceux-ci en pensant et en reformulant aux vérités du jeu. La même chose est possible avec les adultes et la religion.

Mes pensées à propos de l'esprit ludique de la religion sont issues de l'année de mes 11 ans, un âge où l'on commence sérieusement à s'interroger sur le monde qui nous entoure. J’assistais régulièrement à la messe protestante et à l'école biblique du Dimanche. Comme un grand nombre de mes amis d'enfance j'avais beaucoup de difficultés à comprendre comment des personnes arrivaient à croire en ces histoires. Il était clair pour moi que la croyance ou le manque de croyance n'avait rien à faire avec l'intelligence rationnelle. Des personnes bien plus intelligentes et rationnelles que moi, et d'autres un peu moins, étaient des croyants pratiquants. Je me souviens que je pensais que la religion était une sorte de jeu, un jeu sur toute la vie et que les personnes savaient qu'il s'agissait d'un jeu mais ne voulaient pas le dire. C'était comme croire au père noël mais avec beaucoup plus de valeur. C'était une croyance que les personnes gardaient tout au long de leur vie plutôt que dans leur enfance seulement. [1]

Ces pensées de l'enfance à propos de la religion reposèrent dans mon esprit d'une manière relativement endormie jusqu'à très récemment, quand elles me remontèrent grâce à mes lectures à propos des religions sur les chasseurs-cueilleurs. Comme je l'ai noté dans mon « essai d'introduction », la totalité de cette série « Le jeu nous rend humain » a été inspiré par mon immersion récente dans la littérature scientifique d'anthropologie sur les chasseurs-cueilleurs.

Les chasseurs-cueilleurs sont ouvertement joueurs

J'ai découvert lors de mon immersion que où qu'elles se trouvent, les sociétés en bandes de chasseurs-cueilleurs (à distinguer des sociétés tribales bien plus complexes) ont certaines caractéristiques de base en commun. Parmi ces caractéristiques se trouve un haut niveau d'esprit de jeu qui se retrouve dans tous les aspects de leur vie sociale, dont font partie leurs religions. [2] La nature ouvertement joueuse des croyances religieuses et des activités des chasseurs-cueilleurs a renouvelé ma pensée concernant l'idée que la religion où qu'elle se trouve à ses origines dans la capacité humaine pour le jeu.

Les religions des chasseurs-cueilleurs sont ludiques et souvent amusantes

Toutes les religions des chasseurs-cueilleurs sont polythéistes, il y a plusieurs divinités et ces divinités sont elles-mêmes joueuses. Elles ne sont pas classées dans un ordre de puissance hiérarchique, elles ne donnent ni ne reçoivent aucun ordre mais sont les joueurs égaux de drames prenant place dans le monde de l'esprit qui est parallèle ou monde physique dans lequel les chasseurs-cueilleurs vivent. Les divinités elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais un mélange des deux comme le sont les vraies personnes. Elles sont souvent capricieuses et imprévisibles. Elles ne sont pas nécessairement concernées par la morale humaine. Elles peuvent aider ou blesser quelqu'un juste parce que cela leur chante et non parce que la personne le mérite ou pas.

Un personnage commun des religions de chasseurs-cueilleurs est ce que les mythologues appellent le « farceur », moitié astucieux, moitié empoté dont la moralité est ambivalente, il est celui qui s'arrange pour intervenir dans les plans les mieux conçus des autres divinités et humains. Le personnage « farceur » n'est pas forcément représenté dans une seule divinité, il peut être un aspect de la personnalité qui circule chez l'une ou chez l'autre. Les caractéristiques et les actions d'un grand nombre de divinité sont comiques. Cohérent avec leur philosophie égalitaire et leur moyen de se gouverner eux-même d'une manière non hiérarchique, les chasseurs-cueilleurs ne vénèrent pas leurs divinités. Ils n'ont pas de roi sur terre, ils n'en ont pas non plus au paradis. En fait, de la même façon qu'ils utilisent l'humour pour ramener au niveau un membre de leur bande qui montrerait des signes d'arrogance (voir le texte précédent) ils utilisent l'humour pour ramener au niveau toute divinité qui se penserait plus importante et élevée que les autres.

Voici un exemple pris dans le livre d'Elizabeth Marshall Thomas, « The Old Way » à propos des Jul'hoansi du désert africain Kalahari :
Gao Na, l'une des divinités Jul'hoan la plus importante, possède des caractéristiques qui pourrait nous faire penser au premier regard comme un Dieu des religions monothéistes modernes. Gao Na est le créateur de l'univers. Il a commencé par se créer lui-même puis les autres divinités, puis la terre, l'eau, le ciel, le soleil, les étoiles, la pluie, le vent, les éclairs, les plantes, les animaux et les êtres humains. Et pourtant en dépit d'un tel pouvoir créatif, Gao Na n'est pas particulièrement puissant dans d'autres domaines ni particulièrement sage. En fait, les Jul'hoansi dépeignent le portrait de Gao Na comme étant un bouffon.

Dans les histoires religieuses des Jul'hoans, Gao Na, le créateur de toutes choses, est incapable de contrôler les êtres qu'il a créés et il est continuellement la victime des autres. Par exemple, ses femmes le piègent souvent, encore et encore, en le faisant sauter dans un trou rempli d’excréments. Elles lui disent qu'il y a un éland bien gras qui se trouve sous un tas de branche, et alors qu'il va joyeusement vers les branches, il tombe dans le trou. Plus tard, après avoir fini de se nettoyer, elle lui raconte une autre histoire à propos d'une prise qui se trouve sous les branches, et il tombe de nouveau.

Quand je pense à cette histoire, je me souviens de cette bande dessinée ou le personnage principal, Charlie Brown, qui répète sans cesse que cette fois Lucy ne va pas retirer le ballon au moment où il va tirer. Comme Charlie Brown, Gao Na, n'apprend jamais. Nous savons qu'à chaque fois Lucy va retirer le ballon et que Charlie va le louper et tomber. Nous nous sentons peinés pour lui et pourtant nous rions. C'est une situation humaine qui est illustré par les histoires religieuses des Jul'hoan comme ça l'est dans les bandes dessinées de Schultz.

Les rituels religieux des chasseurs-cueilleurs ne sont pas distinguables du jeu

Les pratiques religieuses de la plupart des chasseurs-cueilleurs incluent la musique, la danse, parfois des costumes et un grand nombre de jeux. Les cérémonies religieuses les plus sérieuses pour la plupart des groupes de chasseurs-cueilleurs sont celles qui implique les exercices shamaniques. L'objectif principal de ce genre de cérémonies est la guérison mais elles fournissent aussi une opportunité pour les membres du groupe d’interagir personnellement et de manière diverse avec les membres du monde de l'esprit. Les individus qui ont le pouvoir de le faire (les shamans) entrent en transe lors de danses dans laquelle ils prennent les propriétés d'une divinité particulière pour communiquer avec elle.

Un chercheur, Mathias Guenther, a noté que cet état altéré est généralement atteint « sans substances hallucinogène mais grâce à une combinaison de tambours, de chants, de danses qui s'associent à un épuisement physique. » Il écrit plus loin : « Souvent le shaman est un comédien qui utilise une imagerie poétique riche et comique. Il peut chanter et danser, trembler, hurler et parler dans des langages étranges. Il peut aussi employer la prestidigitation et la ventriloquie. Les séances shamaniques sont surtout des performances où il n'est pas rare de voir participer le public. Cela crée une forme de jeu de rôles qui permet d'engager un dialogue avec les divers esprits que joue le shaman et qui servent ainsi de contre-rôles pour les autres. »[3]
Chez certains groupes de chasseurs-cueilleurs, le groupe entier est impliqué dans la danse, le chant et les tambours, tous sont alors shamans ou du moins contributeurs dans l'expérience shamanique. Chez les Jul'hoansis, pratiquement la moitié des hommes et un tiers des femmes sont capables d'entrer dans des transes shamaniques. Il semblerait que dans la plupart des groupes de chasseurs-cueilleurs, lorsque les esprits sont appelés à s'approcher lors de telles expériences ils ne soient pas traités avec révérence mais sont traités de la même façon que chacun se traite les uns les autres. La communication implique des blagues mutuelles, des moqueries, des rires, des chants et des danses en plus que les requêtes de guérison.

Les anthropologues se réfèrent aux cérémonies religieuses et shamaniques comme étant des « rituels », probablement parce que ce terme a été utilisé pour décrire toutes les cérémonies religieuses qui ont une sorte de structure régulière la constituant. Mais les cérémonies ne sont clairement pas des rituels dans le strict sens du terme, une adhésion sans créativité d'une forme prescrite. En fait, certains chercheurs sur les chasseurs-cueilleurs ont déclaré que les « rituels » religieux qu'ils ont observés ne sont pas distinguable du jeu. [4] Les cérémonies implique habituellement une grande variété d'actions auto-déterminés, créative, imaginative et pourtant guidé par des règles qui correspond à la *définition du jeu*.

Les chasseurs-cueilleurs ne font pas de confusion entre les croyances religieuses et les observations empiriques, et le concept d'hérésie n'existe pas chez eux

Les anthropologues ont souvent décrit les chasseurs-cueilleurs comme étant des personnes pratiques, peu versé dans la magie ou la superstition. Les guérisons shamaniques étant une exception notable qui peut d'ailleurs aboutir à une véritable guérison dans la mesure où la maladie aurait des composantes psychologiques.

En général, les cérémonies religieuses des chasseurs-cueilleurs a plus à voir avec le fait d'embrasser la réalité plutôt qu'il s'agirait d'une tentative d'altérer la réalité. Par exemple, dans son livre The Harmless People, Thomas décrit comment les Gwis (des chasseurs-cueilleurs voisins des Jul'hoansis) utilisent la danse sacrée de la pluie, non pas pour amener la pluie mais pour l'accueillir et prendre part à son pouvoir lorsqu'ils la voient arriver. Vivant dans le désert là où l'eau est un facteur limitant pour toute vie, ils pourraient très bien essayer de danser pour amener la pluie s'ils pensaient que cela marcherait, mais ils ne croient pas en de tels pouvoirs. Ils peuvent toutefois se réjouir de la pluie et utiliser son arrivée pour élever leurs propres esprits et se préparer eux-mêmes à son arrivée et l'abondance qui va suivre. Un autre chercheur, Richard Gould, dans son livre Yiwara sur la culture chasseur-cueilleur en Australie, a rendu compte de la même chose en montrant que les personnes « … n'essayent pas de contrôler l'environnement que ce soit dans leur vie quotidienne ou leur vie sacrée. Les rituels de la vie sacrée peuvent être vus comme un effort de l'homme pour s'allier à son environnement, pour devenir « un » avec lui. »

De mon point de vue, de telles cérémonies sont des formes de jeu dans lesquels des aspects du monde naturel, personnifiés dans des divinités deviennent des camarades de jeu.
Sur l'échelle qui distingue les religions tolérantes et les religions fondamentalistes de notre culture, celles des chasseurs-cueilleurs apparaissent se trouver à l'extrémité du côté tolérant. Bien que les chasseurs-cueilleurs trouvent un sens dans leurs histoires à propos du monde des esprits, ils ne traitent pas les histoires comme des dogmes. Des groupes qui sont voisins l'un de l'autre peuvent raconter des histoires identiques de manière variée ou en raconter d'autres complètement différentes qui contredisent des histoires, personne ne s'offenserait. Les cérémonies sacrées d'un groupe peuvent différer de l'un à l'autre et peuvent même varier considérablement à travers le temps. Les parents chasseurs-cueilleurs ne s'énervent pas lorsque leur enfant se mari avec le membre d'un autre groupe où il adoptera les croyances et les pratiques religieuses qui diffèrent du groupe où il a grandi. Pour quitter un groupe et en joindre un autre avec des pratiques religieuses différentes ressemble à celui qui quitte un groupe qui jouait à un jeu pour rejoindre un groupe qui joue à un jeu différent. Il semble y avoir une reconnaissance implicite parmi ces personnes, que les histoires religieuses, bien que dans un sens, soient importantes et même sacrées, ne sont à la fin que de simples histoires.

Les chasseurs-cueilleurs donnent de la valeur à leur croyance concernant le monde des esprits mais ils ne laissent apparemment pas leurs croyances interférer avec leur compréhension empirique du monde physique dans lequel ils vivent. Voici un exemple de cela qui est de nouveau fourni par Elizabeth Marshall Thomas. Quand on demanda d'une manière terre à terre à Toma, un sage Jul'hoansi ce qui arrive aux étoiles pendant la journée, il répondait naturellement, « Elles restent là où elles sont. Nous ne pouvons pas les voir parce que le soleil est trop brillant. » Mais à un autre moment, dans le cadre religieux, Toma a répondu à la même question avec une légende Jul'hoansi dans laquelle les étoiles sont des fourmi-lions qui rampent dans le ciel la nuit et reviennent se cacher dans le sable à l'aube du jour. Il n'était pas le moindre du monde contrarié par les contradictions entre ces deux explications. Je souhaiterais que toutes les personnes religieuses eussent la sagesse de Toma quand on en arrive à des controverses aussi stériles que sont celles de l'évolution face au créationnisme !

La religion est un jeu sacré qui donne du sens à la vie quotidienne

Une fonction générale de tout le jeu est de donner un sens à la vie des personnes et de les aider à faire face au monde réel. Comme je l'ai décris dans l'article précédent, le jeu aide les enfants à saisir la réalité. Jouer à être des sorcières et des trolls, par exemple, aide les jeunes enfants à penser à comprendre des aspects de leur monde réel qu'il serait difficile à appréhender sans cela. Cela est vrai même si l'enfant reconnaît clairement que le monde du jeu est imaginaire, qu'il n'est pas réel. En fait, le jeu ne servirait pas sa propre fonction si l'enfant ne faisait pas la distinction.

Une religion bien conçue offre une grande opportunité pour jouer tout au long de la vie en permettant aux personnes d'utiliser les structures à la base du jeu que sont les histoires, les croyances et les rituels en les accompagnant de leurs propres additions et modifications créatives qui permettent de donner du sens au monde et à la vie réelle. Les histoires et les croyances peuvent être comprises comme des fictions mais il s'agit de fictions sacrées parce qu'elles représentent des idées et des principes auxquels les personnes sont attachées et qui sont cruciaux pour leur permettre de vivre dans le monde réel. Il n'est pas surprenant selon moi, que les histoires et les croyances religieuses où qu'elles se trouvent sur terre reflètent et élaborent des idées et des thèmes qui sont cruciaux pour la société dans laquelle vit le pratiquant religieux. Les chasseurs-cueilleurs dépendent du principe d'égalité et de partage, il est donc normal que leurs divinités ne soient pas des dirigeants mais des égaux qui contribuent et parfois échouent à contribuer comme ils le devraient. Les chasseurs-cueilleurs dépendent aussi des caprices de la nature, qu'ils ne peuvent pas contrôler, il n'est donc pas surprenant que leurs divinités soient capricieuses. La meilleure façon de faire face à l'imprévisible est par l'humilité et l'humour, et leurs religions adoptent ces caractères. Leur tâche est d'adopter la nature telle qu'elle se présente, non pas de la contrôler et leurs jeux religieux avec les esprits du monde naturels les aide à faire cela.

Avec l'agriculture, la religion a changé. Les agriculteurs tentent de contrôler la nature et ainsi les dieux de l'agriculture sont ceux qui contrôlent les autres dieux. Avec l'agriculture, avec l'appropriation de terre et l'accumulation de richesses qui l'accompagne, l'égalitarisme a perdu son équilibre en voyant l'émergence des concepts de seigneurs et maîtres d'un côté et les serviteurs et les esclaves de l'autre. Il n'est alors pas surprenant de voir que les concepts hiérarchiques du monde des esprits à émergé dans les religions post-agricoles, avec un pic au Moyen Âge, quand les religions monothéistes comme l'islam et le christianisme sont devenue dominantes. À cette époque, la plupart des personnes étaient des serviteurs, il était alors naturel que les histoires et croyances religieuses portaient principalement sur les valeurs de la servitude et du devoir à l'égard du seigneur et du maître, et que Dieu était considéré comme étant le maître suprême, le roi des rois, le seigneur des seigneurs. De telles croyances donnaient du sens à la vie de servitude et aider les chefs à justifier leur pouvoir.

La religion tourne mal quand les éléments du jeu son perdu

Lors de l'évolution des religions (ou devrais-je dire leur non-évolution) du panthéon comique des chasseurs-cueilleurs aux monothéismes médiévaux, elles perdirent leur esprit ludique et devinrent plus dangereuse. La nature devint un ennemi plutôt qu'un ami, et le monde de l'esprit devint hiérarchique, les éléments de peur commencèrent à submerger l'élément du jeu. Dieu devint non pas un partenaire de jeu mais la source suprême de la punition et de la récompense, qui se doit d'être vénéré, servi et craint. En devenant sérieuses, les religions imaginaires commencèrent à être confondu avec le monde réel par les personnes.

Si les enfants qui jouaient aux sorcières et aux trolls ne savaient pas qu'ils faisaient semblant, nous nous inquiéterons. Nous savons que lorsqu'un enfant ne réussit pas à distinguer l'imagination de la réalité, cela peut être dangereux. Nous devrions savoir que cela est davantage vrai dans le cas des adultes et de la religion.

Les religions qui ont émergé avec l'agriculture et le féodalisme ont soutenu des horreurs qui auraient été inimaginables pour les chasseurs-cueilleurs. Les Aztèques sacrifiaient les êtres humains à leurs dieux en colère. Les chrétiens torturaient les personnes qu'ils appelaient sorcières et païens pour finalement les assassiner impitoyablement. Aujourd'hui, parmi certains groupes d'Islamistes nous voyons ceux qui font la promotion du suicide à la bombe, qui mettent leurs croyances religieuses au-dessus des intérêts des personnes. Si le service à Dieu est ce qui possède la plus grande valeur et si Dieu alors est redoutable, égoïste et punissant, si les religions sont confondues avec la réalité, alors toutes ces horreurs au nom de la religion sont possibles. La religion de ce genre « ne nous rend pas humain » contrairement au sens que j'établis dans le titre de cette série.

La chose remarquable aujourd'hui est que notre société continue à évoluer, et nos religions aussi. Alors que nous avons quitté l'âge médiéval et entré dans une ère de démocratie croissante, de nombreuses personnes ont repris le monothéisme de leurs ancêtres et y on réintroduit l'esprit ludique. Dieu devient de nouveau un ami plutôt qu'une puissance qu'il faut craindre. Les personnes arrêtent de se disputer pour savoir quelle religion est la bonne. Ils commencent à reconnaître que de tels arguments n'a pas plus de sens que de savoir lequel du jeu d'échecs ou du jeu de dames est un vrai jeu. Si cette tendance continue, nous pourrions compléter le cercle et de nouveau apprécier la religion de la même façon que l'on fait les chasseurs-cueilleurs.

Pour garder la religion du côté de l'humanité plutôt que contre elle, nous avons besoin de rafraîchir continuellement son esprit de jeu. Le jeu sacré encourage le meilleur de notre nature humaine, améliore notre bien-être et est amusant. La religion qui manque de jeu est suicidaire.

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Notes
[1] J'ai appris depuis que bien sûr mes pensées sur la religion comme étant un jeu ne sont pas originales. Un nombre de théologiens hautement respecté ont déjà posé ces idées à l'écrit. One such book, for example, is David L. Miller's (1970)Gods and Games: Toward a Theology of Play. An interesting and relatively recent article on the topic is "Play and Religion: Indication of an Interconnection," in the Journal of the Asian Research Center for Religion and Social Communication, 2 (#1), 2004. There, K. P. Aleaz, an Indian scholar, makes a special case for the playfulness of Hindu religions, which, more than most other modern religions, have retained their historic folk-religion roots. 

[2] An account of my conclusions from this immersion into the hunter-gather literature can be found in my article, *Play as the foundation for hunter-gatherer social existence. American Journal of Play, 1, 476-522, 2009(link is external).* Most of the ideas in the present series of essays, on "Play Makes Us Human," are presented there with documentation. In this essay I have repeated, in parts of several paragraphs, some of the same language I used in that  larger article.
[3] Mathias Guenther, "From Totemism to Shamanism: Hunter-Gatherer Contributions to World Mythology and Spirituality," in R. B. Lee & R. Daly (Eds.), The Cambridge Encyclopedia of Hunters and Gathers (1999), 426-433.
[4] See, for example, Daisaku Tsuru, "Diversity of Ritual Spirit Performances among the Baka Pygmies in Southeastern Camaroon," African Study Monographs, Suppl. 25 (1998), 47-83.


Publié le 18 Juin 2009 par Peter Gray, traduit le 01 Octobre 2015 par Michaël Seyne

mardi 1 septembre 2015

Libre d'apprendre BLOG26, Le jeu nous rend humain 2 : Achever l'égalité

Le jeu nous rend humain 2 : Achever l'égalité
Les chasseurs-cueilleurs utilisaient l'humour et le jeu pour défaire la domination et atteindre l'égalité

Nous, humains, avons deux façons fondamentalement différentes de nous diriger nous-même au sein des groupes sociaux. L'une d'elles est la méthode de la hiérarchie, de la domination ou de la force. Je n'ai pas besoin de décrire cette méthode en détail, nous sommes tous familier avec celle-ci. Il s'agit de la méthode de diriger dans laquelle ceux qui sont au pouvoir maintiennent l'ordre en disant aux autres ce qu'ils doivent faire. Dans le monde de l'entreprise conventionnelle, c'est là où le patron dit aux employés ce qu'ils doivent faire et dans le monde de l'état civil et des gouvernements nationaux, c'est là où ceux qui sont au pouvoir, que ce soit un pouvoir fondé sur l'hérédité, un coup militaire, l'affectation ou l'élection, décident les lois et s'assure qu'elles soient respectées par le peuple qui doit vivre selon celle-ci. Nous partageons cette méthode de gouvernance avec les animaux qui sont les plus proches de nous. Les mammifères qui vivent dans des groupes sociaux, particulièrement les primates, développent des hiérarchies dominantes dans laquelle ce qui se trouvent en haut contrôle certaines des activités de ceux qui se trouvent en dessous. La source ultime de contrôle dans n'importe quel système de domination réside dans la possibilité pour les individus dominants de blesser le subordonné qui désobéit, en donnant de mauvaises notes aux étudiants, en renvoyant les employés, ou en mettant en prison les contrevenants ou simplement en frappant (physiquement ou psychiquement) ceux qui se comporte d'une manière désobéissante.

L'autre méthode est tellement peu discuté et connu qu'elle ne possède pas de nom qui soit communément accepté. Parfois le terme d'anarchie est utilisé pour s'y référer, mais ce terme transporte avec lui un poids péjoratif parce qu'il est souvent utilisé pour désigner le chaos social. Je ne parle pas du chaos mais de situation dans lequel les personnes respectent des lois de bon cœur et librement et non pas à cause des menaces qui sont imposé par d'autres beaucoup plus puissants. Je me réfère à cette méthode de gouvernance comme étant la méthode du jeu, parce que le jeu est là où nous la voyons le plus clairement et je pense que le jeu en est toujours sa source ultime.


Le jeu social demande à ce que la domination soit mise de côté

Le jeu social est l'ennemie de la hiérarchie et de la domination, il nécessite l'égalité. Cela est vrai dans le jeu de l'animal comme cela l'est dans le jeu de l'humain. Dans leurs vies sérieuses quotidiennes, les jeunes singes, particulièrement les jeunes singes mâles, sont concernés par les statuts. Ils se disputent et combattent pour établir leurs positions dans la hiérarchie de pouvoirs. La force physique, l'ingéniosité et l'habileté à former des coalitions avec les autres contribuent tous à la capacité d'achever un haut statut. L'activité sociale pour laquelle les jeunes singes doivent mettre leurs soucis de statuts de côté est le jeu.

Le jeu par définition ne peut pas être contraint. Si deux singes jouent ensemble ils doivent se sentir tous les deux livres et non pas menacé ou dominé par l'autre. Les jeunes singes aiment jouer à se chasser les uns avec les autres. Ils aiment aussi lutter et de tels jeux sont cruciaux pour leur sain développement. Toutefois pour s'engager dans de tels jeux ils doivent mettre leurs statuts de côté sinon le premier singe qui sera subordonné s'enfuira ou s'immobilisera ce qui terminera immédiatement le jeu. De manière à jouer avec des singes subordonnés, les singes dominants doivent supprimer tous les signes de la domination. S'ils sont plus forts, ils doivent s'auto-handicaper de manière à ne pas surcharger le partenaire de jeu le plus faible. S'ils sont ingénieux, ils doivent utiliser cette habileté pour aider le moins malin et non pas lui faire obstacle. Tous les mammifères ont des signes qui montrent le jeu. Les chiens et les loups qui signalent le jeu est l'inclinaison (l'animal baisse sa garde avant tandis qu'il fait face à son partenaire de jeu). Chez les singes et les gorilles le signal est l'affichage d'une bouche ouverte et relaxé, un visage de jeu est caractérisé par une bouche grande ouverte avec la mâchoire inférieure qui retombe sans aucune tension au niveau des muscles du visage. Chez les chimpanzés, l'animal qui est le plus proche de l'homme, le visage de jeu est souvent accompagné par une vocalisation "ahh, ahh, ahh" qui ressemble au rire rauque d'un être humain. S'il était possible de traduire en Français ces signes ils pourraient l'être comme ceci : "Nous ne faisons que jouer, personne ne va être blessé, nous avons mis de côté notre agressivité et notre position défensive, nous coopérons dans cette activité pour notre amusement mutuel."

Comme je l'ai expliqué dans un article précédent sur la définition du jeu (lien), tous les jeux, même ceux qui semblent être des jeux de combat et de lutte chez les enfants et les singes ont des règles. Les règles précisent les actions qui sont permises et celles non permises, elles servent à garder le jeu organisé et amusant pour tous et empêchent un joueur d'en blesser un autre. Les joueurs suivent les règles parce que le jeu amusant et les joueurs savent intuitivement que le jeu ne le sera plus et se terminera si les règles sont violées. Si un singe échoue à prendre son tour à en chasser un autre ou si l'un pince un peu trop fort, l'autre s'en ira et le jeu sera terminé. Les participants sont motivés non pas seulement à suivre les règles, mais aussi d'aller au-delà des règles pour rencontrer les besoins et les désirs des autres. Dans mes observations des jeux d'âge mixte entre enfants et adolescents j'ai été témoin plusieurs fois des manières par laquelle les joueurs les plus forts et les plus capables modifient leurs actions pour refréner leur domination et de garder le jeu amusant pour tous (voir mon exemple sur le football).

Voici maintenant le point que je suis en train de construire. Chez les êtres humains, l'esprit de jeu peut suffire pour toutes les formes d'activités, ce qui inclut aussi le travail productif et quand il prend place dans la gouvernance il peut surpasser et défaire le mode hiérarchique. Les chasseurs-cueilleurs à travers le monde semblent avoir compris ceci et ils ont utilisé cette connaissance plus ou moins délibérément pour arranger leur entière existence sociale d'une manière qui leur permet d'éviter la hiérarchie, la domination et la coercition.


La nature égalitaire des sociétés de chasseurs-cueilleurs

Le genre de société de chasseur-cueilleur auxquelles je me réfère ici à celles qui sont parfois appelées sous d'autres noms (de l'anglais, société en bandes, société de retour immédiat). Il s'agit des sociétés dans lesquels des personnes vivent au sein de petits groupes indépendants constitué d'environ 20 à 50 individus chacun et qui se déplacent régulièrement d'un lieu à un autre à l'intérieure d'une grande zone limité pour rester toujours à proximité de la faune et de la flore comestible. Aujourd'hui de tels sociétés sont toutes détruites par l'intrusion du monde extérieure, mais il n'y a pas si longtemps que cela, au milieu du XXème siècle, des anthropologues étaient capables de trouver et étudier de telles sociétés dans une grande variété de lieux du monde qui n'avaient pratiquement pas été affecté par les méthodes du monde moderne. Des exemples tels que les Jul'hoansis, les Hadzas, les Mbutis, les Akas, les Éfés en Afrique, les Bateks dans la péninsule Malaise, les Aetas aux philippines, les Nayakas en Inde, les Guayakis au Paraguay, les Parakanas au brésil et les Yiwaras en Australie.

Ces sociétés sont d'une signification spéciale pour tous ceux qui sont intéressés à la nature humaine, parce qu'elles sont supposément représentatives de la manière prédominante dans laquelle les êtres humains vivaient pendant des centaines de milliers d'années avant l'avènement de l'agriculture (qui prit place il y a environ 10.000 ans). Bien que de telles sociétés ne soient pas des copies exactes les unes des autres, elles ont toutefois certaines de leurs fondations remarquablement similaires les unes et les autres. L'une des plus significatives pour illustrer cet essai est qu'elles sont toutes marquées par un égalitarisme extraordinaire et un engagement total pour la coopération et le partage. Les personnes au sein d'un groupe coopèrent pleinement les unes avec les autres, sans distinguer le degré de relation génétique, dans la chasse, la cueillette, le soin aux enfants, la défense contre les prédateurs et toutes les choses qui sont nécessaire pour la survie. Ils partagent toute la nourriture et richesse matérielle de manière égale à l'intérieur du groupe et ils leur arrivent aussi de partager avec les groupes voisins qui sont dans le besoin. Un partage et une coopération d'une telle intensité sont essentiels pour le mode d'existence des chasseurs-cueilleurs, sans lequel, notre espèce n'aurait probablement pas survécu tous ces millénaires avant l'agriculture.

Mes analyses de la littérature anthropologique concernant de telles sociétés m'ont mené à la conclusion qu'ils ont réussie à vivre d'une manière égalitaire hautement coopérative en accentuant délibérément leur esprit de jeu comme un moyen pour supprimer les pulsions de domination que nous, humains, avons hérité de nos ancêtres primates. [1] Quasiment tous les aspects de la vie sociale des chasseurs-cueilleurs semble être imprégnés de l'esprit de jeu. Leurs religions sont ludiques ce qui contraste avec les religions hiérarchiques menaçantes et renfermées qui ont émergées avec l'agriculture et sont établies dans la période médiévale. Leur travail, ce qui inclut la chasse et la cueillette, est ludique. Leur approche du soin de l'enfant est ludique. La nature ludique de la religion, du travail et du soin aux enfants chez les chasseurs-cueilleurs sera l'objet de mes nombreux articles à venir. Pour le moment je souhaite me concentrer sur les moyens, chez les chasseurs-cueilleurs, de prendre des décisions collectives et de maintenir l'ordre au sein du groupe.

Selon les mots de l'anthropologue Richard Lee, les chasseurs-cueilleurs sont «intensément égalitaires ». Cet égalitarisme est indissociable de leur sens dévoué à l'autonomie individuelle. Ils ne croient pas qu'une autre personne ait le droit de dire à une autre personne ce qu'elle doit faire. Les chasseurs-cueilleurs n'ont pas de chefs ou de patrons qui leur donnent des ordres. Dans l'histoire, les leaders viendront plus tard avec la montée des sociétés tribales et de l'agriculture. Les chasseurs-cueilleurs restreignent les possibilités de contrôler les autres par la force et appliquent même cette restriction dans la relation parent-enfant. Les parents peuvent essayer de persuader leurs enfants de se comporter d'une certaine façon mais ils ne croient pas qu'ils ont le droit de donner des ordres pour maintenir un pouvoir. En s'abstenant de donner des ordres et en s'abstenant d'essayer de diriger les uns et les autres, les chasseurs-cueilleurs gardent tout le potentiel de leur vie sociale dans le domaine du jeu. Les groupes prennent des décisions collectives en ayant recours à des discussions importantes et en débattant jusqu'à ce qu'un consensus soit achevé. Les personnes peuvent exprimer leurs opinions avec vigueur mais ils n'utilisent pas des moyens coercitifs pour imposer ces opinions.


De quel façon les groupes de chasseurs-cueilleurs sont comme des groupes de jeu

Cette approche non coercitive pour gouverner fonctionne pour les chasseurs-cueilleurs car le groupe lui-même est similaire de bien des façons à un groupe de jeu social. Les chasseurs-cueilleurs sont des personnes hautement mobile. Ils ne possède pas plus de propriété que ce qu'ils peuvent transporter facilement à pieds, et ils ont tous des amis et des membres de leurs familles dans d'autres bandes, si bien qu'ils peuvent se déplacer à tout moment d'une bande à une autre. Comme lorsqu'une personne jouant à un jeu social est libre de quitter le jeu si elle n'est pas satisfaite, les chasseurs-cueilleurs sont libre de quitter la bande et en joindre une autre si ils ne sont pas satisfait. Mais en même temps, les personnes sont motivés par le fait de garder le groupe ensemble. Un groupe stable est plus efficace pour répondre aux besoins de la survie de chacun que lorsque les membres changent constamment. De plus, les personnes au sein d'un groupe deviennent des amis proches et veulent rester ensemble parce qu'il s'aiment les uns et les autres. Pour pouvoir garder le groupe ensemble, les personnes se comportent de manière à plaire aux autres afin de ne pas les faire partir.

De la même façon, une tentative de contraindre un autre dans un jeu social pourrait le provoquer à quitter le jeu, les tentatives de contraindre les autres dans un groupe de chasseur-cueilleur pourraient provoquer le départ de cette personne hors du groupe. Même les enfants peuvent quitter un groupe pour vivre avec des membres de leur famille d'une autre bande s'ils sentent qu'ils sont mal traités. De la même façon que la liberté de quitter est la source ultime de toute la liberté et de l'égalité dans n'importe quel jeu social et elle est aussi la source ultime de liberté et d'égalité au sein d'une bande de chasseurs-cueilleurs. Les personnes au sein d'un groupe sont motivées par la chasse, la cueillette et la participation aux autres activités du groupe parce que de telles activités, quand elles ne sont pas des contraintes, sont amusante et plaise ce qui permet de garder le groupe ensemble.


L'humour comme un moyen de préserver l'ordre et de prévenir la domination

De nombreux anthropologues ayant vécu parmi des peuples vivant de chasse et de cueillette ont remarqué leur bonne humeur, leurs blagues, leurs moqueries et leurs rires facile. L'humour de cette sorte est commun dans tous les jeux sociaux et il ajoute à la qualité ludique de toutes les interactions sociales. Rire ensemble aide à maintenir un sens de proximité, d'amitié et d'égalité en permettant l'entretien d'un sens du jeu. Des moqueries aimables sont une manière de reconnaître tout en acceptant les défauts d'un autre. Si bien que l'humour lui-même amène l'esprit du jeu dans les activités sociales des personnes et en même temps les motive à appliquer les règles et à coopérer de bon cœur.

Un nombre d'anthropologues ont commenté une autre utilisation de l'humour parmi les chasseurs-cueilleurs qui est de corriger le comportement de ceux qui d'une manière ou d'une autre perturbent la paix ou violent une règle sociale. Par exemple, Colin Turnbull écrit : « (Les Mbuti) ont une nature aimable avec un sens de l'humour irrésistible, ils sont toujours en train de faire des blagues à propos de l'un ou de l'autre, même à propos d'eux-mêmes, mais cet humour peut servir d'instrument de punition quand ils le choisissent. »[2] D'une manière similaire, Elizabeth Marshall Thomas a noté que les Jul'hoansis parmi lesquels elle a vécu ne critiquaient pas les personnes directement, mais le ferait plutôt avec l'humour. Elle écrit : « La personne critiqué n'est pas supposée recevoir une attaque avec les blagues mais doit lui permettre d'en rire avec les autres. En de rares occasions quand le contrôle de soi se brise, ce qui se passa lorsque deux femmes ne pouvaient plus arrêter de se disputer, d'autres personnes se mettaient à faire des chansons à propos d'elles et la chantaient lorsque les disputes commençaient. En entendant la chanson, les deux femmes se sentaient honteuses et devenaient silencieuses. Ainsi la communauté triomphait sans mentionner directement le problème. » [3]

Richard Lee a commenté encore plus directement l'utilisation de l'humour chez les chasseurs-cueilleurs comme un outil pour étouffer les bourgeonnements d'expressions de la supériorité individuelle et pour maintenir le sens de l'égalité. Concernant les chasseurs-cueilleurs en général, il écrit : « Il y a une sorte de sens de l'humour un peu rude, critiquant, se moquant et des blagues sexuelles que l'on rencontre dans le monde des chasseurs-cueilleurs. […] Les personnes sont férocement égalitaires. Elles sont outrés si quelqu'un essaye d'être supérieur ou ostensiblement différent. Ils ont fait évolué, indépendamment il semblerait, des moyens très efficace pour arrêter cela. Ces moyens sont ce ques les anthropologues ont appelé «mise en application de l'humilité » ou des dispositifs d' «égalisation», comme par exemple l'utilisation de blague sévère pour ramener la personne à la ligne. […] » [4]

Dans son livre sur les Jul'hoansis, Lee raconte une merveilleuse histoire sur la façon dont les personnes qu'il étudiait ont tourné leur « égalisation » sur lui. [5] À un moment donné de son travail sur le terrain, Lee décida de récompenser les personnes qu'il étudiait en leur offrant un festin, il leur acheta le bœuf le plus gras (550kg) qu'il puisse trouver dans une communauté fermière proche. Il était excité à l'idée d'annoncer ce cadeau et il espérait que les Jul'hoansis seraient reconnaissant. Quand il annonça le présent, il fut surpris et blessé de voir que les personnes ne répondirent pas avec les mots de gratitude qu'il espérait mais avec des insultes. Par exemple, Benna, une grand-mère de soixante ans, se référait au bœuf comme « un sac d'os » et demandait à l'amusement de tous sauf de Lee, « Qu'est-ce que tu imagines que l'on va pouvoir manger, les cornes ? ». Un homme Jul'hoansis qui avait été le confident le plus proche de Lee lui dit d'un air sérieux et moqueur : « Tu as toujours été honnête avec nous, qu'est-il arrivé pour que ton cœur change ?  Ou bien es-tu aveugle au point de ne pas faire de différence entre une vache convenable et une vieille épave ?» Et un tel humour a continué tous les jours précédant le festin.

Lee avait déjà connaissance de la pratique Jul'hoansi qui consiste à « insulter la viande » lorsque les chasseurs en amènent dans le groupe et à un moment il commença à suspecter que cette pratique était à présent utilisée sur sa personne. Même si sa fierté à fournir un tel cadeau merveilleux avait disparu, son ego masculin avait été blessé. Il s'agissait bien là exactement de l'objectif de ces insultes. Les Jul'hoansis le traitaient ici comme ils l'auraient fait pour l'un de leurs chasseurs qui seraient rentré chez eux avec une grosse proie en échouant à montrer la modestie qui convient à son sujet. Comme l’expliquera à Lee par la suite Tomazho, un sage guérisseur Jul'hoansi : « Quand un jeune homme ramène une telle viande, il en vient à penser de lui-même qu'il est un grand homme et il pense à notre propos que nous lui sommes inférieurs. Nous ne pouvons accepter cela. Nous refusons qu'un d'entre nous se vante, car sa fierté va un jour entraîner la mort de quelqu'un. Si bien que nous parlons de sa viande comme ayant peu de valeur. De cette manière nous calmons son cœur et lui inspirons de la gentillesse. »

L'efficacité de l'humour, dans sa capacité à réduire l'agression et à promouvoir l'humilité, vient, je pense, de sa relation directe avec le jeu. Rendre une dispute ou une vantardise amusante en disant « Ce désaccord qui te met tellement en colère ou cette chose dont tu es si fière n'est pas aussi important que tu le penses. Il s'agit d'un jeu et ce qui est important dans le jeu est d'être un bon amusement. » Quand les chasseurs-cueilleurs utilisent l'humour pour résoudre tous les problème sociaux dont ils font face (même les plus sérieux), ils amènent leur vie sociale dans le domaine du jeu.

La relation entre le rire et le jeu repose profondément dans notre conception biologique. Notre rire à ses racines évolutives dans le visage de jeu du singe, le signal que tous les primates utilisent pour supprimer la domination et permettre le jeu. Le jeu de combat et de chasse qui est accompagné d'un rire, est la forme d'humour originale. Quand les humains de n'importe quel âge où culture, utilise l'humour pour réprimer une véritable bagarre ou décourager un ego sur-gonflé, nous faisons appel à des mécanismes biologiques très primitifs. Nous disons en pratique « Il s'agit d'un jeu, et dans le jeu nous ne souhaitons blesser personne et nous n'agissons pas d'une manière à dominer. » Nous le disons d'une manière qui fonctionne parce que cela nous frappe au niveau instinctif, aux tripes, que nous n'avons pas les moyens de réfuter comme nous pouvons le faire si facilement au niveau intellectuel avec des arguments verbaux.

Et par cette utilisation de l'humour pour promouvoir l'humilité et la paix, les chasseurs-cueilleurs capitalisent sur leurs instincts humains à jouer. Ceux qui sont critiqués à travers l'humour ont trois choix, ils peuvent joindre les autres dans le rire tout en reconnaissant implicitement les bêtises qu'ils ont faite, ce qui les remettent immédiatement au sein du jeu social. Ils peuvent sentir et exprimer de la honte pour les actions qui les ont mené au ridicule, ce qui les ramène dans les bonnes grâces des autres et leur permet progressivement de ré-entrer dans le jeu. Ou bien, ils peuvent mijoter un ressentiment jusqu'à ce qu'ils quittent le groupe ou alors décident de changer leurs façons de faire. Un grand avantage de l'humour comme un moyen de déclencher une réforme comportementale est qu'elle laisse la personne punit libre de faire ses propres choix et ne termine pas automatiquement leur sens de l'autonomie et du jeu, comme cela arriverait si la punition impliquait l'incarcération, la violence physique ou un bannissement forcé.

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Je n'ai pas l'illusion que nous soyons capables, aujourd'hui, de nous en sortir sans un gouvernement hiérarchique. Notre monde social est bien trop large et complexe pour se gouverner entièrement par la méthode du jeu. Au niveau civique, régional, national, mondial, nous avons besoin des règles de la loi et certaines formes de pouvoirs, préférablement formulé d'une manière démocratique, pour les appliquer. Mais à un niveau plus local, par exemple celui d'une école ou d'une entreprise, je pense que nous avons énormément à apprendre des chasseurs-cueilleurs. En suivant leur modèle nous pouvons, je pense, supprimer la coercition et instituer un esprit de jeu dans pratiquement tous les aspects quotidiens de nos vies sociales locales, ce qui inclut notre éducation et notre travail productif. J'en dirai bientôt plus à ces sujets.

Pour terminer je vous demanderais d'imaginer comment le monde aujourd'hui serait différent si ces « titans » de l'industrie et de la finance, qui croient être au-dessus du reste d'entre nous et se verse des salaires et des bonus outrageants tout en étant très déficient en matière d'intérêt pour les autres, s'ils avaient été soumis au début de leur carrière au mode de nivelage des chasseurs-cueilleurs. Quel monde différent aurions-nous ? Aujourd'hui ces personnes ont très peu sensible au sens de l'humour où qu'ils se trouvent, et il est trop tard pour rectifier les dégâts qu'ils ont causés. Mais si nous gardons un tel humour et commençons à l'appliquer au plus tôt des signes de l'apparition de l'arrogance, nous pourrions voir certaines améliorations dans le monde de l'entreprise du futur.

Références

[1] 
Peter Gray. Play as the foundation for hunter-gatherer social existence. American Journal of Play, 1, 476-522, 2009(link is external). All of the ideas presented in this essay are elaborated upon in this academic article. Also, some of the specific wording in the final section of this essay is taken from the article.
[2] Colin Turnbull, The Forest People (1968), p 114.
[3] Elizabeth Marshall Thomas, The Old Way (2006), p 218.
[4] Richard B. Lee, "Reflections on Primitive Communism," in T. Ingold, D. Riches & J. Woodburn (Eds.), Hunters and Gatherers I (1988).
[5] Richard B. Lee, The Dobe Ju/'hoansi, 3rd Edition (2003).

Texte publié par Peter Gray le 11 Juin 2009 et traduit par Michaël Seyne le 29 Août 2015